La Bijouterie du Spectacle est une société culturelle qui prolonge l’histoire de l’association La Biographie du Spectacle et de sa publication La Lettre des Comédiens dont les activités ont pris fin en 2000. Elle est chargée de la conservation d’une des plus importantes collections privées de bijoux de scène et de cinéma. Elle s’est fixée également d’autres missions : étudier l’histoire des bijoux, notamment ceux de théâtre, accroître et restaurer ses collections, organiser des expositions. Elle gère en outre un ensemble de bijoux disponibles à la location.

jeudi 7 février 2008

Le collier de perles d'Anne d'Autriche


Utilisé pendant plusieurs siècles, surtout aux XVIIe et XVIIIe siècle, le collier de perles est un bijou qui a paré le cou de nombreuses dames. Aussi, est-il normal de le retrouver au cinéma comme à la télévision, dans beaucoup de reconstitutions historiques. De plus, c'est un accessoire facile à trouver et à porter.
Incarnée à de nombreuses reprises à l'écran, notamment dans Les Trois mousquetaires, la reine Anne d'Autriche (1601-1666) en possédait un magnifique dont il nous a paru intéressant de retracer l'histoire.
Mariée dès son plus jeune âge à Louis XIII, l'infante d'Espagne Ana Maria Mauricia est arrivée en France en 1615. Elle amenait avec elle, selon les Mémoires de Madame Campan, "un collier de perles d'un seul rang dont la plus petite avait la grosseur d'une aveline". La reine semblait aimer ce type de bijou. Elle en possédait sans doute plusieurs. On sait qu'en 1618 elle en portait un composé de quatre-vingt perles de 800 écus pièce. Dans une lettre du 21 septembre de la même année, Simon Contarini, ambassadeur de Venise, rapporte une anecdote à propos de celui-ci : «Anne d'Autriche se trouvant dans sa chambre avec les dames attachées à sa personne posa sur une table un collier de quatre-vingt perles qu'elle venait d'ôter de son cou. A peine la reine eut-elle le dos tourné, que le collier disparut. Surprise et indignée d'un pareil fait, elle fit fermer les portes et rechercha la coupable. On s'aperçut alors qu'une Espagnole nommée Isabelica, seconde dame de la reine, jetait quelque chose par la fenêtre. Cette dame avait enlevé le collier et, de l'air le plus indifférent du monde, elle lançait les perles sur un buisson qui se trouvait sous la fenêtre. On envoya ramasser les perles, mais on n'en trouva que quarante-cinq : les autres manquaient».
Mais son préféré semble-t-il, celui que l'on aperçoit dans plusieurs portraits de la souveraine - notamment dans les peintures de Rubens - est le magnifique tour de cou qu'elle avait apporté d'Espagne. Il était composé de trente-et-une grosses perles rondes, du plus bel orient, dont la plus grosse était légèrement ovale et la plus petite fixée au fermoir. A l'origine, l'ensemble totalisait trois-cents carats, soit 1200 grains anciens. Quant elle ne le portait pas, la reine le conservait, - avec ses bijoux les plus précieux - dans une cassette couverte de maroquin fleurdelisé, fermée par deux serrures d'une seule clé.
A la mort d'Anne d'Autriche, en 1666, la cassette fut portée cachetée au château de Saint-Germain où séjournait le jeune Louis XIV. Le roi prit en premier lieu le «collier de perle de la Reyne, estant au nombre de trente perles et une autre qui sert de clavier, pezant trois cents quarats», estimé à l'époque 105.000 livres. On dit que le monarque l'avait déjà porté sur sa cuirasse, lors du grand carrousel du Louvre, en 1662.
Tout au long de son règne le roi conserva le collier de perles parmi les joyaux de la couronne. Sans doute fut-il porté par son épouse, Marie-Thérèse d'Autriche. On le reconnaît sur un portrait de la reine, peint par Pierre Mignard, conservé au musée du Prado à Madrid. Louis XIV le fit légèrement transformer, faisant remplacer les plus petites perles de l'arrière du cou par de nouvelles, beaucoup plus grosses. C'est ainsi que, sans que sa longueur en soit diminuée, il ne fut plus composé que de vingt-cinq perles. C'est sous cette forme qu'il apparaît en 1691, dans l'inventaire des joyaux de la couronne, où il est estimé à 250.000 livres.
Madame Campan affirme qu'il fut offert par Louis XV à la Dauphine, Marie-Antoinette, lors de son arrivée en France. Quoiqu'il en soit, l'inventaire de 1774, dressé à la mort du roi, ne l'estime plus qu'à 100.000 livres.
A la révolution, il suivi le destin de l'ensemble des joyaux de la couronne. La reine dû s'en séparer pour le remettre aux commissaires de l'Assemblée Nationale. Au cours de l'inventaire que l'on fit, en 1791, chacune des 25 perles du collier fut pesée séparément. Leurs poids s'échelonnaient de 37 grains à 95,55 grains métriques, soit un total de 1566 grains (1524 grains anciens). Cependant, on ne l'estima qu'à 90 600 livres, loin de sa valeur d'origine. Il est vrai qu'il avait été très souvent porté et que, en près de 180 ans, les perles avaient probablement dû vieillir.
Conservé au garde meuble (installé alors place de la concorde), le collier fut volé ainsi qu'un grande partie des joyaux de la couronne, en septembre 1792. Dans les années qui suivirent, si un certain nombre de ceux-ci purent être récupérés, on ne retrouva jamais le fil de perles d'Anne d'Autriche. Probablement dépecé et vendu à l'étranger.

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