La Bijouterie du Spectacle est une société culturelle qui prolonge l’histoire de l’association La Biographie du Spectacle et de sa publication La Lettre des Comédiens dont les activités ont pris fin en 2000. Elle est chargée de la conservation d’une des plus importantes collections privées de bijoux de scène et de cinéma. Elle s’est fixée également d’autres missions : étudier l’histoire des bijoux, notamment ceux de théâtre, accroître et restaurer ses collections, organiser des expositions. Elle gère en outre un ensemble de bijoux disponibles à la location.

mercredi 29 février 2012

Le « Beau Sancy » va être vendu aux enchères

Crédits photo : Jasper ''Yogi'' Gough/Sotheby's


   Le 15 mai prochain, la maison Sotheby’s va mettre aux enchères, à Genève, le Beau Sancy, un prestigieux diamant ayant appartenu à plusieurs maisons souveraines d’Europe.

   Son histoire débute à la fin du XVIème siècle, époque où il fut acheté à Constantinople par Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, brillant ambassadeur français, grand financier et homme de guerre, mais aussi fin connaisseur et collectionneur de gemmes. D’où provenait ce diamant ? Probablement des mines de Golconde, en Inde, région d’où sont également issus d’autres pierres célèbres, tels le Hope ou le Régent. Il fut baptisé le Beau Sancy, en référence à son premier propriétaire, ou encore le Petit Sancy pour le distinguer du Grand Sancy, autre pierre magnifique acquise par ce même diplomate.

   Après l’avoir laissé en gage en Suisse, de 1589 à 1595, pour financer les troupes royales, Nicolas de Harlay tenta ensuite de le vendre au duc de Mantoue puis au roi d’Angleterre, moyennant 35.000 écus. En vain. Ce fut finalement Marie de Médicis, l’épouse d’Henri IV, qui l’acheta en 1604, pour 25.000 écus, prix bien inférieur à sa valeur réelle. La reine le conserva parmi ses joyaux personnels et l’utilisa, notamment, pour orner le sommet de sa couronne le jour de son sacre, le 13 mai 1610. Elle emporta la pierre lorsqu’elle quitta furtivement la France, en 1631, pour se réfugier à Bruxelles. Au terme d’une dizaine d’années d’exil elle mourut à Cologne, le 3 juillet 1642, criblée de dettes et dans le plus grand dénuement. Cependant elle avait gardé le Beau Sancy. Lorsqu’on vendit ses biens pour rembourser ses créanciers, la pierre fut alors achetée par le prince Frédéric-Henri d’Orange pour 80.000 florins.

   En novembre 1677, Guillaume III d’Orange-Nassau, qui avait hérité du diamant, l’offrit en cadeau de mariage à son épouse, Marie Stuart. Le couple monta sur le trône d’Angleterre et s’éteignit sans descendance. Le Beau Sancy passa alors par héritage à Frédéric III, prince électeur de Brandebourg qui, à partir de 1701, devint roi de Prusse sous le nom de Frédéric 1er. Dès lors, il fut conservé parmi les joyaux de cet Etat. Frédéric le Grand, qui l’avait trouvé fixé sur la couronne royale, l’utilisa par la suite comme principal ornement d’une broche de diamants. Son neveu et successeur Frédéric-Guillaume II, pour sa part, préféra l’utiliser comme pendentif d’un collier constitué de vingt-deux diamants taillés en roses. Au début du XXe siècle, on retrouve la pierre montée sur un autre collier, formé de vingt-deux brillants; enfin, dans les dernières décennies, on fera le choix d’une simple monture pour ne la porter qu’en pendentif isolé. Jusqu’à ce jour, elle est restée la propriété de la maison de Hohenzollern, princes de Prusse.

   Magnifique diamant blanc de 34,98 carats, taillé en poire-pendeloque en double rose, le Beau Sancy mesure 22,4 mm de hauteur, 19,5 mm de largeur et 11,1 mm d’épaisseur. Sa partie centrale présente la forme d’une étoile de huit facettes en forme de losanges. Au cours des cinquante dernières années, il n'a été présenté au public que quatre fois : en 1972, à Helsinki, aux côtés du Grand Sancy; en 1985, à Hambourg; en 2001, une nouvelle fois avec le Grand Sancy, au Musée national d'histoire naturelle de Paris et enfin, en 2004, à Munich. Avant d’être proposé aux enchères il va être exposé dans plusieurs capitales, notamment chez Sotheby’s, à Paris, les 24 et 25 avril prochains. Il est estimé entre deux et quatre millions de dollars.

Bibliographie : Bernard Morel, Les joyaux de la couronne de France, Albin Michel, 1988, p.137