La Bijouterie du Spectacle est une société culturelle qui prolonge l’histoire de l’association La Biographie du Spectacle et de sa publication La Lettre des Comédiens dont les activités ont pris fin en 2000. Elle est chargée de la conservation d’une des plus importantes collections privées de bijoux de scène et de cinéma. Elle s’est fixée également d’autres missions : étudier l’histoire des bijoux, notamment ceux de théâtre, accroître et restaurer ses collections, organiser des expositions. Elle gère en outre un ensemble de bijoux disponibles à la location.

jeudi 4 février 2016

Sur une paire de bracelets de la marquise de Pompadour




Le 11 janvier dernier, le site Gallica a mis en ligne plusieurs photographies de camées conservés au département Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque Nationale.  Deux d’entre eux ont attiré notre attention (camées n°788 et 927). En effet, les bijoux du XVIIIème siècle parvenus jusqu’à nous sont assez rares pour que toute publication sur ce sujet mérite qu’on s’y intéresse.
Il s’agit donc de deux camées dont les montures ovales, parfaitement identiques, témoignent qu’ils formaient les pendants d’une paire de bracelets. Quant à leurs illustres possesseurs, ce n’étaient pas moins que Madame de Pompadour et Louis XV. Les notices que leur consacre Gallica mériteraient d’être davantage détaillées et, au minimum, devraient faire référence pour chaque camée à l’existence de son pendant.



Le premier camée en sardoine onyx (ou sardonyx) apparait sous trois couleurs : blanc/bleuâtre, brun et roux foncé. Il représente Louis XV, la tête de profil tournée vers la gauche, ceinte d’une couronne de laurier. Le second camée, également en sardonyx à trois couches (blanc/bleuâtre, brun et roux) représente le buste d’Henri IV. Le monarque est lui aussi de profil, la tête tournée vers la gauche, vêtu en empereur romain. La tête est ceinte d’une couronne de laurier et il porte une cuirasse et un manteau royal agrafé sur l’épaule gauche.
Les deux camées sont entourés, l’un et l’autre, d’une guirlande composée d’émeraudes torsadées séparées par de fin rubans de diamants taillés en roses. Au revers, la monture du camée est maintenue à la guirlande par quatre attaches en forme de fleurs de lis. Aux deux bouts de cette plaque, dissimulée sous un ruban de diamants, est fixée une armature percée de douze trous rapprochés (onze sur la seconde plaque) servant à y accrocher plusieurs rangs de perles. Chaque bijou mesure 45 x 35 mm. Ces deux camées ont été gravés dans les années 1750 par Jacques Guay (1715-1787), graveur en pierres fines du cabinet du roi. Comme l’atteste d’ailleurs sa signature sous le profil de Louis XV. Dans ses notes, l’artiste précise même à propos du camée de Louis XV : « Cette pierre est du cabinet du Roy, elle est de plus considérable par sa grandeur et ses belles couleurs. Les chairs sont blanches, la coiffure et les ajustements sont d’un roux tanné, ce qui forme le fond, et le socle est noir. Le graveur a eu l’avantage de travailler d’après le Roy et de graver la pierre en bas-relief d’après son ordre. »




Dans l’œuvre du peintre François Boucher figue un tableau particulièrement intéressant  intitulé Madame de Pompadour à sa toilette. Il est conservé au Fogg Art Museum de Cambridge (Massachussetts, USA). Or, sur cette peinture on peut voir, bien en évidence, l’un de ces deux bracelets. Précisément celui dont le camée est orné du profil de Louis XV. Outre qu’il atteste, s’il en était besoin, que la marquise à bien possédé et porté ces bijoux, il nous permet de savoir comment ils étaient composés.  A chaque extrémité de la plaque avec pierres et camée étaient attachés six, sept ou huit rangs de perles qui formaient le cintre du bracelet et qui, vraisemblablement, étaient réunis par un fermoir (non visible sur la peinture). En 1764, Madame de Pompadour a légué ces deux camées à Louis XV.
J.-J.J.