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mardi 8 novembre 2011

Les bijoux de théâtre en 1914



Les bijoux de théâtre constituent un sujet rarement évoqué dans les publications d’hier comme d’aujourd’hui. Aussi, l’article que nous reproduisons ci-dessous, extrait de l’édition de 1914 de l’Almanach pratique illustré du Petit Parisien *, est un témoignage précieux sur cet artisanat aujourd’hui quasiment disparu :

Les bijoux jouent un rôle très important dans les pièces à grand spectacle : féeries, ballets, pièces historiques et de couleur exotique. Ils sont le complément indispensable et l'ornement du costume. C'est une industrie toute spéciale et bien curieuse que celle de la fabrication des bijoux de théâtre et qui s'exerce tout à fait en dehors des théâtres eux-mêmes.
Certains quartiers de Paris, le faubourg du Temple en particulier, abritent un grand nombre d'orfèvres singuliers à qui rien de l'art ancien, de celui du moyen âge et en général de tous les pays et de toutes les races du monde n'est étranger, qui excellent à transformer en pierres fines les plus vulgaires verroteries et à rendre précieux les métaux les plus dénués de valeur. Travaillée avec le plus grand art, la camelote qui sort de leurs mains expertes est métamorphosée en autant de joyaux de la plus grande richesse. Ce sont les fabricants de bijoux de théâtre et leur apparente contrefaçon bénéficie très heureusement de la complicité de l'illusion scénique.

 

Les plus grands théâtres possèdent de très complètes collections de bijoux de tous les âges et de tous les pays, les plus variées aussi, et l'on y trouve réunis colliers, bracelets, bagues, ceintures, diadèmes, boucles et pendentifs de tous les styles. On peut, en examinant ces collections, prendre une remarquable leçon d'histoire et d’art tout à la fois. Car les bijoux, produits brillants de l'industrie de l'homme, sont les plus sûrs témoins de son état de civilisation aux différentes époques.
Deux choses sont remarquables dans le bijou de théâtre : une apparence de matière précieuse et rare el la manière plus ou moins artistique dont elle a été mise eu œuvre. A ce point de vue, les collections dont nous parlons ont l'intérêt de véritables musées et l'on y peut faire remonter les recherches jusqu'à l'antiquité qui eut, on le sait, une véritable passion pour les bijoux, dont elle parait même ses morts. Nous y retrouvons ces dents, ces coquilles, ces pierres perforées et travaillées qu'ont livrées les tombes préhistoriques et qui sont les premiers spécimens des bijoux; ces objets de parure en or, en argent, en bronze ou en ambre, vestiges de l'époque où l'homme, ayant découvert les métaux, dédaigna les matières primitives pour façonner les objets précieux.
L'on y découvre encore ces bijoux remarquables par leur élégance et leur art délicat qu'ont laissés les Égyptiens, les Grecs et les Etrusques; ces joyaux d'or travaillé, étoilés de pierreries qu'aimaient les Romains et à qui l’art byzantin sut donner une richesse inouïe et tous ces admirables modèles des parures orientales : colliers persans ou chinois, bracelets hindous ou javanais, bracelets et diadèmes mauresques, ceintures turques ou arabes.
On peut, tout comme au Louvre, trouver au Châtelet ou à l'Opéra les plus rares exemplaires des bijoux merveilleux que produisit la période gothique, des œuvres d'art de la Renaissance où la grâce de la composition s'allie à l'harmonie des émaux colorés, des joyaux des XVIe et XVIIe siècles, superbement enrichis de gemmes inconnues et où l’on voit apparaître pour la première fois les diamants et les émeraudes, parce que cette époque vit à la fois se créer l'art de tailler les pierres précieuses et se nouer des rapports plus suivis avec l'Orient. On y retrouve les admirables modèles de la joaillerie du XVIIIe siècle, qui attestent que cet art atteignit alors en France son apogée, et les lourdes imitations des bijoux antiques de la Révolution, de l'Empire, de la Restauration, voire de l'époque romantique.
Certains grands acteurs, les actrices surtout, préfèrent ne pas s'adresser au magasin du théâtre pour y trouver les bijoux qui leur sont nécessaires. Il arrive souvent qu'ils possèdent toute une collection personnelle de ces bijoux, d'un travail plus soigné, d'un art plus délicat. Ils procèdent ainsi surtout pour leurs costumes qui, souvent, leur appartiennent en propre et constituent ce qu'on appelle leur garde-robe de théâtre, D'une manière plus précise, ce terme désigne la collection de costumes, bijoux, coiffures, chaussures, etc., qu'un acteur doit posséder pour tenir son emploi. 



A ce point de vue, il est curieux de remarquer que, tandis qu'à Paris, tout ce qui rentre dans le costume proprement dit doit être fourni à l'artiste par l'administration du théâtre auquel il appartient et reste à la charge de celle-ci, l'artiste n'ayant à pourvoir qu'aux dépenses des toilettes dites «de ville», l'acteur de province dont la situation est singulièrement plus modeste est obligé de se fournir lui même tous les costumes, tous les habillements nécessaires à son emploi. Par une inconcevable anomalie, l'acteur, en province, est tenu d'avoir une garde-robe complète. Et si l'on songe qu'un seul théâtre provincial joue les pièces de genres différents qui sont représentées sur la plupart des théâtres de Paris, on se rendra compte du nombre et de la variété des costumes qu'un acteur y peut elle appelé à revêtir: antiquité, moyen âge, Renaissance, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, époque révolutionnaire, uniformes militaires, costumes de tous les pays, etc., avec les accessoires spéciaux nécessaires à chacun d'eux, tels que bijoux, chaussures épées armures, cottes de mailles, perruques, coiffures et le reste. Aussi la garde robe d'un comédien consciencieux et épris de son art doit-elle être pour lui l'objet de frais assez considérables et de soins incessants.
Jadis, nos acteurs étaient plus privilégiés. Ceux d'entre eux qui avaient des protecteurs puissants à la cour n'hésitaient pas, le cas échéant, à s'adresser à quelqu'un de ceux-ci pour en obtenir un allégement à la dépense où les contraignait le soin de leur garde-robe qui, alors, était toujours à leur charge. Les autres obtenaient une indemnité destinée à payer les frais des ajustements qui leur étaient nécessaires. Les artistes modernes sont à ce point de vue plus privilégiés que leurs aînés. Il est rare qu'ils doivent fournir eux-mêmes les accessoires de toilette dont ils ont besoin. En général, le magasin du théâtre suffit à tout.


* Pages 34 à 37 d’un article intitulé Comment on monte une pièce de théâtre. Nous publions aussi les illustrations (avec leurs commentaires) qui accompagnaient ce texte.

samedi 28 février 2009

Madeline Fontaine, César des meilleurs costumes


Hier, au Théâtre du Châtelet, à l’occasion de la 34ème cérémonie des César, Madeline Fontaine a reçu le César des « meilleurs costumes » pour Séraphine de Martin Provost. C’est le second César qu’elle reçoit après celui obtenu, il y a quatre ans, pour Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet.
En venant prendre possession de la précieuse sculpture, la sympathique costumière à salué « toute la bande de funambules qui a réussi le pari de faire le film de Séraphine, sur un fil ». Sans oublier d’associer à son succès Jean-Patrick Godry et Véronique Elise pour leur précieux concours. Ce témoignage de sympathie devrait apporter un peu de baume au cœur de Jean-Patrick qui nous confiait, il y a un mois, vouloir prendre ses distances avec ce petit monde « où il est de plus en plus difficile de faire les choses idéalement ».
Pour revenir à Madeline Fontaine, dont nous avons déjà évoqué la carrière sur ce blog, rappelons simplement qu’elle est, entre autres, la costumière favorite de Jean-Pierre Jeunet. Avec lui elle a travaillé sur les costumes de La cité des enfants perdus (1995), Le fabuleux destin d'Amélie Poulain (2001) Un long dimanche de Fiançailles (2004) et, enfin, Micmacs à Tire-larigot (2008) que l’on devrait voir sur les écrans en novembre prochain.

jeudi 13 décembre 2007

Costumes du Châtelet (suite)

Comme nous l’annoncions il y a quelques jours, jusqu’au 21 décembre le théâtre du Châtelet a mis en vente quelques uns de ses plus beaux costumes sur le site d’enchères eBay.
Issus des spectacles Le coq d’or, La Belle Hélène, Mithridate, L’enlèvement au sérail, La voix humaine, Le chevalier à la rose, King Arthur, ce sont au total vingt-huit costumes qui sont ainsi proposés au public.
Manteaux de nobles ou de roi en soie, déshabillé en mousseline décorée à la main, chemise de nuit en soie parme, chasuble matelassée, robe en satin de soie broché or, tunique et jupe plissée or, toutes ces pièces sont exceptionnelles. Leurs prix l’étant tout autant, fixés autour de 2000 euros (dont un manteau proposé à 3000) avec seulement trois vêtements en dessous de 1000 euros.
Les eBayeurs, dont nous faisons partie depuis l’origine, vont-ils se laisser tenter ? Si l’on en juge par notre expérience, cela risque d’être difficile.

mardi 4 décembre 2007

Vente de costumes du Châtelet

Samedi 1er décembre, le théâtre du Châtelet a organisé une vente de costumes et accessoires de ses productions, soit près de 1400 pièces. Préparé par Marie-Odile Cross, habilleuse de cette prestigieuse salle depuis vingt ans, l’événement a eu lieu à la Manufacture des Œillets, à Ivry-sur-Seine. A cette occasion les ¾ des lots ont trouvé preneurs, d’autant que cette vente était ouverte à la fois au public et aux professionnels. Aucun bijoux n’était proposé, sinon quelques ornements cousus sur des vêtements. Parmi les costumes figuraient ceux portés par les comédiens d’une douzaine de productions comme Le Malade imaginaire (1990), King Arthur (1995), Don Carlos (1996), La Belle Hélène (2000/2003), Arabella (2000/2005), Le Fou (2004), Peter Pan (2006), etc.
De très belles pièces seront également prochainement mises aux enchères sur internet. En particulier les somptueux habits du Coq d’Or, de Rimski-Korsakov, ouvrage lyrique monté en 1984 et dont le coût des costumes fut l’un des plus élevés de l’histoire de ce théâtre