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mardi 27 septembre 2016

Réplique de la croix de l’ordre du Saint-Esprit




  La Bijouterie du Spectacle vient de réaliser, en tirage très limité, une très belle réplique de la croix de l’Ordre du Saint-Esprit. Créé en 1578 par Henri III, cet ordre a été la plus prestigieuse récompense de l’ancienne monarchie. Ce très beau modèle, reconstitué à partir de recherches approfondies, est la copie conforme d’une croix du XVIIIe siècle dont il n’existe plus aujourd’hui que quelques exemplaires. Notre copie présente la particularité de reproduire, sur son autre face, le premier modèle de cette décoration tel qu’il apparait dans l’iconographie des XVIe et XVIIe siècles. Ainsi, cette réplique pourra aussi bien être portée pour des reconstitutions du XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle.
  Une partie de ces croix est destinée à la location et à des expositions, une autre proposée à la vente (quelques exemplaires).



jeudi 26 février 2009

Une boîte à portrait de Louis XIV entre au Louvre


Le 25 février dernier, lors de la vente de la collection Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, chez Christie's, le département des Objets d'Art du Louvre a préempté une importante et très rare boîte à portrait de Louis XIV. Estimée entre 200.000 et 300.000 euros, elle a finalement été emportée pour 481.000 euros.
Haute de 7,2 cm, elle est composée d'une miniature représentant Louis XIV en armure de parade, portant le cordon de l'ordre du Saint-Esprit, entourée d'une monture ovale formée de dix diamants taillés en rose et de quarante petits diamants, et surmontée d'une couronne de cinq diamants à neuf facettes et vingt-trois petits diamants. Le revers est émaillé du chiffre royal et de rinceaux feuillagés, roses et noirs, sur un fond blanc. Réalisée dans les années 1680, elle est l'œuvre de Jean Petiot (1607-1691) pour la miniature et de Pierre ou Laurent Le Tessier de Montarsy, pour la monture.
A l'origine, les boîtes à portrait étaient conçues avec des coffrets pour être offertes comme cadeaux diplomatiques. On sait que plus de trois-cents boîtes, destinées à cet usage, ont été fabriquées au cours du règne de Louis XIV. Seules quelques unes sont parvenues jusqu'à nous. Des trois boîtes à portrait du roi, que l'on connait actuellement, l'exemplaire acquis par le Louvre est de loin le plus complet.

mercredi 14 janvier 2009

L'assassinat d'Henri IV : De l'importance des costumes dans les reconstitutions historiques

Hier, France 2 nous a fait voyager dans le temps avec le premier numéro de la collection Ce jour-là tout a changé. C’est avec beaucoup de curiosité que nous avons suivi L’assassinat d’Henri IV, proposé par Jacques Malaterre, à la fois directeur artistique de la série et réalisateur de ce docu-fiction. Intérêt d’autant plus grand que le tournage, « minutieusement préparé » selon le dossier de presse, s’est appuyé sur les précieux conseils de Janine Garrisson, spécialiste de l’histoire politique et religieuse du XVIe siècle et auteur de plusieurs ouvrages sur Henri IV.
Cette tragique journée du 14 mai 1610, reconstituée d’une manière assez nouvelle à la télévision, promettait d’être passionnante. Nous attendions surtout de voir les costumes et coiffures du XVIIe siècle restitués grâce à "une importante recherche iconographique" de la chef costumière, Amandine Catala.

Il faut dire que, un peu renseignés par les photos du tournage et une bande annonce en circulation depuis plusieurs mois, nous espérions que de ce côté-là cette œuvre allait être très novatrice. Ce que nous avons vu hier ne nous a malheureusement pas convaincu. Beaucoup de vêtements « sonnaient » un peu faux (couleurs, formes, matières). Combien d’entre eux ont été fabriqués spécialement pour ce tournage ? Avec quelle documentation ? On pouvait reconnaître de nombreux modèles anglais loués chez Angels The Costumiers, à Londres. Il ne s'agit pas, bien évidemment, de juger le travail d'Amandine Catala pour qui L'Assassinat d'Henri IV était, à notre connaissance, une première dans le domaine de la reconstitution historique. Une petite critique constructive nous a paru nécessaire, essentiellement limitée à l'aspect "costumes" de ce téléfilm au sujet duquel, au demeurant, il y aurait encore beaucoup à dire.

Venons-en maintenant à l'apparence vestimentaire d'Henri IV, ce 14 mai 1610. Voici quelques observations, à caractère anecdotique, et que nous serons sans doute les seuls à formuler. Dans ce film, le roi apparait habillé d'un pourpoint bleu à passements dorés, de chausses et de bottes noires. Or, les témoignages de ceux qui ont assisté à ses derniers instants, même s'ils sont assez pauvres en détails, nous apprennent que le jour de son assassinat Henri était vêtu d'un habit de satin noir, esgratigné *, sans passement. Nos recherches approfondies dans les comptes de son argenterie – pour une série d'articles à venir – confirment que la garde robe royale ne comptait, en 1610, aucun vêtement de couleur bleue. Le noir y tenait une place éminente, suivi par le gris, le brun et, plus modestement, le blanc. C'est donc un Henri IV, tout habillé de noir – comme il est représenté sur un tableau de Pourbus – qu'il aurait fallu montrer. Portant l'ordre du Saint-Esprit, sous la forme d'une croix en métal émaillé, suspendue à son cou par un ruban bleu, d'une part, et d'une autre croix en broderie d'or et d'argent, cousue au revers de son manteau. A l'extérieur, sur la tête (et non pas à la main) un chapeau de castor noir avec ou sans panache. Les mains protégées par des gants de peau (cerf, chamois, loup-marin…). Les bottes à entonnoir, qu'il porte tout au long du film, n'existent pas encore à cette époque. Henri IV n'enfile que des bottes souples en cuir de vache, moulant le mollet et la cuisse coupées au genouil (genou) garnies de velours et à trois semelles, ou à grandes genouillères et à quatre semelles. On s'étonne, par ailleurs, de le voir ainsi chaussé pour monter en carrosse. Il ne se fait botter que lorsqu'il va à cheval. Plus vraisemblablement, il porte des bas de soie noirs, assortis à ses chausses, et des souliers de maroquin de Flandre. Chaussures à bouts légèrement arrondis, ouvertes sur les côtés, dont le système d'attache - sur le dessus du pied - est couvert d'une rose de taffetas noir garni de dentelles. En descendant dans la cour du Louvre, le roi est enveloppé d'un manteau de velours ou de drap noir. Comme il fait beau ce 14 mai, il le retire avant de monter en voiture. Sous son pourpoint, il a aussi une chemise (en fine toile de Hollande) plissée aux manches et terminée au col par une fraise ou un collet de batiste. On sait que, peu après le décès du roi, le chirurgien Bérard lui retira cette chemise percée et sanglante et que Dominique de Vic, gouverneur de Calais, la demanda et l’emporta.

En ce qui concerne le personnel domestique que l’on voit autour du roi (habillé dans le téléfilm en jaune !) il était vêtu, en réalité, d’une livrée aux couleurs des Bourbons : incarnat (rouge), blanc et bleu.

Quant aux bijoux, le téléfilm aurait gagné à faire dans la simplicité. Pourquoi ces grosses chaînes et croix dorées portées par les ecclésiastiques ? Et ce curieux Ordre de la Toison d’or au cou d’Epernon ? Nous possédons l'inventaire complet des joyaux personnels de la reine, rédigé précisément au début de 1610. Les diamants y occupent une place prédominante puisqu'ils totalisent le chiffre, incroyable pour l'époque, de 11.538 pierres de toutes dimensions et formes. Elle possédait, entre autres, six colliers ornés de diamants, onze chaînes de formes variées, quatre enseignes de diamants, des croix, des chapelets, des bouquets, des bracelets, des pendants de ceintures, des boucles d'oreilles, des bagues, etc. A cela il convient d'ajouter 5878 perles, pour la plupart rondes et de belles dimensions. D'un point de vue historique, il eût été préférable de représenter l'épouse d'Henri IV avec un rang de grosses perles, comme on peut la voir sur beaucoup de tableaux et gravures de cette époque, plutôt que de la parer de colliers de modèles inconnus au début du XVIIe siècle.

A l’attention de Janine Garrisson qui confiait à propos de l’Assassinat de Henri IV : J'ai effectué plusieurs relectures du scénario; il y avait quelques détails erronés, mais cela n'allait pas plus loin qu'un revers de bottes mal tourné ou une expression anachronique nous signalons, en toute sympathie, quelques oublis. En 1610, le roi n’aurait pas dit venez dans mon bureau mais plutôt dans mon cabinet ou entrez en carrosse à la place de allez, au carrosse. Détail très peu connu : il était obligé de porter des lunettes pour lire. Enfin, à propos des scènes où on le représente mangeant avec ses courtisans, il faut savoir que, à l’exception de la reine (qui déjeune le plus souvent de son côté), Henri IV n’admet aucun de ses sujets à sa table ; ainsi le veut le protocole. Et quand il a des convives, ceux-ci s’installent autour d’une ou plusieurs tables séparées de la sienne.

* Egratigné : signifie donner une certaine façon à un tissu de soie ou de satin avec la pointe d’un fer. Dans le langage du gaufreur, c'est découper un tissu (satin ou taffetas) avec un petit canif ou encore, selon le glossaire de Victor Gay, c’est probablement en effiler les bords.

Henri IV (vers 1610)
Frans Pourbus le jeune

mardi 19 août 2008

Copies de bijoux royaux


Nicolas Cayrasso, fondateur de la société Aux Armes de France et de Navarre, s'est spécialisé depuis plusieurs années dans la reconstitution de bijoux royaux et ordres de chevalerie anciens. C'est ainsi que depuis 2006 il a entrepris de rééditer la plupart des joyaux personnels connus de Marie-Antoinette. Travail qui nécessite des recherches fastidieuses rarement entreprises dans l'histoire de la joaillerie française. Après avoir restitué la célèbre parure qui est à l'origine de la fameuse "affaire du collier de la reine" (700 pierres taillées à la main et serties sur argent), il vient de produire récemment une superbe copie du "Massimo", autre collier d'origine royale, autrefois propriété de la dauphine Marie-Thérèse, fille de Marie-Antoinette, composé de diamants ayant appartenu à la reine. Cette réplique se présente sous la forme d'une rivière de quarante-trois pierres baroques (30 coussins à colette ouverte et 13 poires en pierres de synthèse, totalisant 425 carats) montée sur argent massif. Aux Armes de France a également réédité la paire de pendant d'oreille ornée de deux diamants en "briolette" offerte par Louis XVI à Marie-Antoinette en 1774. Elle est en argent massif et cristal de roche naturel.
Parmi les autres joyaux reconstitués, une magnifique plaque de l'Ordre du Saint-Esprit (plus de 450 carats de pierreries sur une monture en argent massif) inspirée de celle qui fut commandée par Louis XV à l'orfèvre Jacquemin dans les années 1750, ou l'épaulette du Roi de Saxe Auguste le Fort, restituée d'après celle qui fut réalisée entre 1782 et 1789. Nicolas Cayrasso, qui travaille aussi pour le cinéma ou la télévision, propose également à la location la plupart de ses articles. C'est lui qui a fourni la plaque de l'ordre du Saint-Esprit de diamants que porte Louis XIV dans le docu-fiction Versailles, le rêve d'un roi (voir notre article du 25 février 2008).

vendredi 4 janvier 2008

Louis XIV et Versailles


Annoncé depuis plusieurs semaines, le documentaire-fiction Versailles, le rêve d’un roi a enfin été diffusé avant-hier sur France 2. Réalisé par Thierry Binisti (co-production Les films d'ici et France 2) durant l'été 2007, il retrace l'histoire de Louis XIV et, parallèlement, toutes les étapes de la construction du château de Versailles.
Spectacle magnifique, décors somptueux, rigueur des informations et des faits historiques, rien n'a manqué à ce film de télévision pour combler le spectateur le plus exigeant.
Il serait mesquin de juger le travail de la créatrice de costumes (Valérie Adda) dont nous ne pouvons que saluer l'excellent résultat, compte tenu des moyens mis à sa disposition. Les costumes royaux, entre autres, ont été reconstitués avec beaucoup de réalisme. Et l'acteur choisi pour incarner le roi, Samuel Theis – dont c'était le premier rôle à la télévision – nous a paru posséder la morphologie de l'illustre monarque. En effet, contrairement à une idée encore largement répandue, Louis XIV était grand, même très grand par rapport à ses contemporains. Il mesurait cinq pieds huit pouces, c'est-à-dire 1,84 m.
Les bijoux, les fameux bijoux du roi. C'est peut-être le seul aspect de ce docu-fiction qui nous a laissé sur notre faim. Tout au long des 90 minutes du film, le comédien qui incarne Louis XIV arbore sur son habit la même plaque de l'ordre du Saint-Esprit, comme si le souverain n'en changeait jamais, et la même épingle de cravate, en faux diamants. C'est trop peu pour illustrer le raffinement dont ce monarque a toujours fait preuve dans le choix de ses bijoux. Mais le plus surprenant, pour nous, a été de découvrir aux doigts de Samuel Theis pas moins de cinq bagues, assez anachroniques d'ailleurs. En réalité, Louis XIV n'en a jamais porté, il suffit d'observer la plupart de ses portraits. D'ailleurs, Saint-Simon le confirme dans ses Mémoires : "Il était toujours vêtu de couleur plus ou moins brune avec une légère broderie, jamais sur les tailles, quelquefois rien qu'un bouton d'or, quelquefois du velour noir. Toujours une veste de drap ou de satin rouge, ou bleue ou verte, fort brodée. Jamais de bague, et jamais de pierreries qu'à ses boucles de souliers, de jarretières, et de chapeau toujours bordé de pont d'Espagne avec un plumet blanc. Toujours le cordon bleu dessous, excepté des noces ou autres fêtes pareilles qu'il le portait par dessus, fort long avec pour huit ou dix millions de pierreries."
On sait que Louis XIV avait une passion pour les pierres précieuses. Il en a acheté pendant toute sa vie. L'inventaire de l'ensemble des diamants et pierreries de la couronne de France, en 1691, permet d'imaginer la splendeur et l'inestimable valeur de sa collection. Parmi ceux-ci, le Sancy, estimé 600 000 livres (qu'il portait généralement au chapeau), le Diamant Bleu, évalué 400 000 livres et le Grand Saphir, 40 000 livres, montés chacun sur un bâtonnet d'or émaillé, dont il se servait comme épingles pour fixer sa cravate de dentelles. Il possédait plusieurs parures de diamants, composées de centaine de boutons, de fleurons, de boutonnières, pour ses vestes et justaucorps, de crochets de joaillerie pour orner ses chapeaux, de boucles pour ses jarretières et ses chaussures. Enfin, le roi avait aussi plusieurs croix de chevalier de l'ordre du Saint-Esprit dont il portait généralement deux exemplaires, l'un accroché sur le côté gauche de son justaucorps et l'autre suspendu à un cordon bleu qui lui barrait la poitrine. C'est sous son règne que ce type de décoration fut exécuté pour la première fois en joaillerie. Une de ces croix, fabriquée en 1663, était composée de 112 diamants, une autre, fournie en 1672, en comptait 120.

samedi 29 décembre 2007

Divine Emilie (Madame du Châtelet)

Ce soir, le XVIIIe siècle était invité sur France 3, avec Divine Emile, une comédie historique inédite d'Arnaud Sélignac. Tourné en Lorraine au printemps dernier, en décors naturels, ce téléfilm retrace la biographie d'Emilie du Châtelet, maîtresse de Voltaire et rare femme savante de son époque. Léa Drucker interprète avec talent et naturel cette scientifique en jupons du siècle des lumières, tandis que Thierry Frémont est un Voltaire parfaitement crédible.
Dans cette production, les magnifiques costumes créés par Sophie Dussaud ont, en l'occurrence, une place de premier plan qui méritait qu'on s'y attarde. Hommes et femmes – Emilie change souvent de tenues – sont tous habillés avec grand soin. La scène du bal à la cour du roi Stanislas en est la plus belle illustration.


 

Les bijoux s'accordent parfaitement aux costumes et, dans l'ensemble, on a noté assez peu d'anachronisme. Ne disait on pas, en son temps, que Madame du Châtelet avait "un goût pour les diamants aussi fort que pour les démonstrations d'Euclide !" Aussi, dans la première partie du téléfilm, Emilie porte une rivière de diamants, offerte par son époux, et qu'elle manque de perdre au jeu (pour 200 louis). Elle arbore ensuite un collier de grosses perles (un peu court) maintenu par un ruban, puis un collier de diamants et de perles et, lors du bal, une parure constituée d'une rivière de trois rangs (photo) et d'une grande broche de diamants. On la voit aussi porter une broche avec une pierre rouge et une bague ornée d'une pierre rectangulaire verte. La plupart des autres dames sont parées de colliers de perles et, surtout, de tours de cous décorés de dentelles, de médaillons ou de bouquets de fleurs. Monsieur du Châtelet apparaît, un court instant, vêtu d'un uniforme rehaussé d'une plaque de l'ordre du saint-Esprit en broderie de paillettes et de cannetille.