Affichage des articles dont le libellé est Catala Amandine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Catala Amandine. Afficher tous les articles

mercredi 14 janvier 2009

L'assassinat d'Henri IV : De l'importance des costumes dans les reconstitutions historiques

Hier, France 2 nous a fait voyager dans le temps avec le premier numéro de la collection Ce jour-là tout a changé. C’est avec beaucoup de curiosité que nous avons suivi L’assassinat d’Henri IV, proposé par Jacques Malaterre, à la fois directeur artistique de la série et réalisateur de ce docu-fiction. Intérêt d’autant plus grand que le tournage, « minutieusement préparé » selon le dossier de presse, s’est appuyé sur les précieux conseils de Janine Garrisson, spécialiste de l’histoire politique et religieuse du XVIe siècle et auteur de plusieurs ouvrages sur Henri IV.
Cette tragique journée du 14 mai 1610, reconstituée d’une manière assez nouvelle à la télévision, promettait d’être passionnante. Nous attendions surtout de voir les costumes et coiffures du XVIIe siècle restitués grâce à "une importante recherche iconographique" de la chef costumière, Amandine Catala.

Il faut dire que, un peu renseignés par les photos du tournage et une bande annonce en circulation depuis plusieurs mois, nous espérions que de ce côté-là cette œuvre allait être très novatrice. Ce que nous avons vu hier ne nous a malheureusement pas convaincu. Beaucoup de vêtements « sonnaient » un peu faux (couleurs, formes, matières). Combien d’entre eux ont été fabriqués spécialement pour ce tournage ? Avec quelle documentation ? On pouvait reconnaître de nombreux modèles anglais loués chez Angels The Costumiers, à Londres. Il ne s'agit pas, bien évidemment, de juger le travail d'Amandine Catala pour qui L'Assassinat d'Henri IV était, à notre connaissance, une première dans le domaine de la reconstitution historique. Une petite critique constructive nous a paru nécessaire, essentiellement limitée à l'aspect "costumes" de ce téléfilm au sujet duquel, au demeurant, il y aurait encore beaucoup à dire.

Venons-en maintenant à l'apparence vestimentaire d'Henri IV, ce 14 mai 1610. Voici quelques observations, à caractère anecdotique, et que nous serons sans doute les seuls à formuler. Dans ce film, le roi apparait habillé d'un pourpoint bleu à passements dorés, de chausses et de bottes noires. Or, les témoignages de ceux qui ont assisté à ses derniers instants, même s'ils sont assez pauvres en détails, nous apprennent que le jour de son assassinat Henri était vêtu d'un habit de satin noir, esgratigné *, sans passement. Nos recherches approfondies dans les comptes de son argenterie – pour une série d'articles à venir – confirment que la garde robe royale ne comptait, en 1610, aucun vêtement de couleur bleue. Le noir y tenait une place éminente, suivi par le gris, le brun et, plus modestement, le blanc. C'est donc un Henri IV, tout habillé de noir – comme il est représenté sur un tableau de Pourbus – qu'il aurait fallu montrer. Portant l'ordre du Saint-Esprit, sous la forme d'une croix en métal émaillé, suspendue à son cou par un ruban bleu, d'une part, et d'une autre croix en broderie d'or et d'argent, cousue au revers de son manteau. A l'extérieur, sur la tête (et non pas à la main) un chapeau de castor noir avec ou sans panache. Les mains protégées par des gants de peau (cerf, chamois, loup-marin…). Les bottes à entonnoir, qu'il porte tout au long du film, n'existent pas encore à cette époque. Henri IV n'enfile que des bottes souples en cuir de vache, moulant le mollet et la cuisse coupées au genouil (genou) garnies de velours et à trois semelles, ou à grandes genouillères et à quatre semelles. On s'étonne, par ailleurs, de le voir ainsi chaussé pour monter en carrosse. Il ne se fait botter que lorsqu'il va à cheval. Plus vraisemblablement, il porte des bas de soie noirs, assortis à ses chausses, et des souliers de maroquin de Flandre. Chaussures à bouts légèrement arrondis, ouvertes sur les côtés, dont le système d'attache - sur le dessus du pied - est couvert d'une rose de taffetas noir garni de dentelles. En descendant dans la cour du Louvre, le roi est enveloppé d'un manteau de velours ou de drap noir. Comme il fait beau ce 14 mai, il le retire avant de monter en voiture. Sous son pourpoint, il a aussi une chemise (en fine toile de Hollande) plissée aux manches et terminée au col par une fraise ou un collet de batiste. On sait que, peu après le décès du roi, le chirurgien Bérard lui retira cette chemise percée et sanglante et que Dominique de Vic, gouverneur de Calais, la demanda et l’emporta.

En ce qui concerne le personnel domestique que l’on voit autour du roi (habillé dans le téléfilm en jaune !) il était vêtu, en réalité, d’une livrée aux couleurs des Bourbons : incarnat (rouge), blanc et bleu.

Quant aux bijoux, le téléfilm aurait gagné à faire dans la simplicité. Pourquoi ces grosses chaînes et croix dorées portées par les ecclésiastiques ? Et ce curieux Ordre de la Toison d’or au cou d’Epernon ? Nous possédons l'inventaire complet des joyaux personnels de la reine, rédigé précisément au début de 1610. Les diamants y occupent une place prédominante puisqu'ils totalisent le chiffre, incroyable pour l'époque, de 11.538 pierres de toutes dimensions et formes. Elle possédait, entre autres, six colliers ornés de diamants, onze chaînes de formes variées, quatre enseignes de diamants, des croix, des chapelets, des bouquets, des bracelets, des pendants de ceintures, des boucles d'oreilles, des bagues, etc. A cela il convient d'ajouter 5878 perles, pour la plupart rondes et de belles dimensions. D'un point de vue historique, il eût été préférable de représenter l'épouse d'Henri IV avec un rang de grosses perles, comme on peut la voir sur beaucoup de tableaux et gravures de cette époque, plutôt que de la parer de colliers de modèles inconnus au début du XVIIe siècle.

A l’attention de Janine Garrisson qui confiait à propos de l’Assassinat de Henri IV : J'ai effectué plusieurs relectures du scénario; il y avait quelques détails erronés, mais cela n'allait pas plus loin qu'un revers de bottes mal tourné ou une expression anachronique nous signalons, en toute sympathie, quelques oublis. En 1610, le roi n’aurait pas dit venez dans mon bureau mais plutôt dans mon cabinet ou entrez en carrosse à la place de allez, au carrosse. Détail très peu connu : il était obligé de porter des lunettes pour lire. Enfin, à propos des scènes où on le représente mangeant avec ses courtisans, il faut savoir que, à l’exception de la reine (qui déjeune le plus souvent de son côté), Henri IV n’admet aucun de ses sujets à sa table ; ainsi le veut le protocole. Et quand il a des convives, ceux-ci s’installent autour d’une ou plusieurs tables séparées de la sienne.

* Egratigné : signifie donner une certaine façon à un tissu de soie ou de satin avec la pointe d’un fer. Dans le langage du gaufreur, c'est découper un tissu (satin ou taffetas) avec un petit canif ou encore, selon le glossaire de Victor Gay, c’est probablement en effiler les bords.

Henri IV (vers 1610)
Frans Pourbus le jeune

mardi 4 novembre 2008

En direct de France 2 : l'assassinat d'Henri IV



Une fois encore, France 2 va donner rendez à tous les amateurs d'histoire et de films en costumes. En effet, après le récent et passionnant Nicolas Le Floch ou le docu-fiction Versailles, le rêve d'un roi, la chaîne du service public vient de lancer une nouvelle collection à vocation pédagogique intitulée En quelques jours, tout a changé… L'objectif de cette nouvelle série, produite par Boréales et Télécran, est de faire voyager les téléspectateurs dans le temps, plus précisément en leur faisant revivre, heure par heure, une de ces journées clés de l'histoire de France, au terme desquelles son destin a basculé.
D'ores et déjà, deux épisodes ont été tournés. Le premier, réalisé par Jacques Malaterre, retrace la journée qui a précédé l'assassinat d'Henri IV, le 14 mai 1610. Ce jour là, la tragédie va se jouer au cœur de Paris, dans un espace situé entre le palais du Louvre et la rue de la Ferronnerie, entre six heures du matin et le milieu de l'après midi. Pour ce réalisateur que nous apprécions particulièrement – nous avons participé à sa première fiction il y a dix-neuf ans – ce fut une aventure ardue mais passionnante. Avec le souci permanent de coller au plus près de la réalité, il a longuement et minutieusement préparé ce tournage qui a duré moins d'une vingtaine de jours. Choisissant notamment des comédiens issus du théâtre, peu connus du grand public, mais très proches physiquement des personnages qu'ils incarnent. En tête de cette distribution, Arnaud Bédouet, très convainquant dans le rôle d'Henri IV, Jean-Baptiste Malartre, dans celui de Sully, ou Tibo, dans l'habit vert de Ravaillac. La partie costumes (fabrication et location) a été confiée à Amandine Catala. La reconstitution de l'assassinat - rue de la Ferronnerie à Paris - a été tournée, du 19 au 22 mai, dans le centre historique de la ville du Mans. Le reste du tournage, principalement les scènes qui se déroulent au Louvre, a eu lieu au château de Fontainebleau, au mois de juin dernier.
Le second film de cette série nous transporte le 21 juin 1791, jour de l'arrestation du roi Louis XVI à Varennes. Le réalisateur en est Arnaud Selignac qui, après Divine Emilie (que nous avons évoqué sur ce blog le 29 décembre 2007) se plonge à nouveau dans une histoire qui se déroule au XVIIIème siècle. Et bien entendu, c'est toujours à Sophie Dussaud - qui commence à s'habituer à cette époque - qu'il a fait appel pour s'occuper des costumes. La ville de Provins a prêté son cadre très pittoresque, en octobre dernier, à la reconstitution de cette dramatique journée.
Enfin, un troisième volet dédié au sacre de Charlemagne, actuellement encore en écriture, devrait venir s'ajouter à cette collection dans le courant de l'année prochaine. L'assassinat d'Henri IV et l'arrestation de Louis XVI à Varennes seront programmés sur France 2 durant le premier trimestre 2009.