La Bijouterie du Spectacle est une société culturelle qui prolonge l’histoire de l’association La Biographie du Spectacle et de sa publication La Lettre des Comédiens dont les activités ont pris fin en 2000. Elle est chargée de la conservation d’une des plus importantes collections privées de bijoux de scène et de cinéma. Elle s’est fixée également d’autres missions : étudier l’histoire des bijoux, notamment ceux de théâtre, accroître et restaurer ses collections, organiser des expositions. Elle gère en outre un ensemble de bijoux disponibles à la location.

vendredi 23 novembre 2018

Grandes manœuvres dans le monde de la location de costumes




Après l’acquisition de plusieurs compagnies européennes de location de costumes, l’entreprise espagnole Peris Costumes vient d’ajouter un nouveau fleuron à sa couronne : la Jewel House. L’une des dernières sociétés de location de bijoux de théâtre, de cinéma et de télévision *. Installée à Rome, la Jewel House a été créée en avril 2009 par les costumiers Carlo Poggioli, Serafino Pellegrino et Simona Falanga, qui eux-mêmes avaient racheté et sauvé de la dispersion la société L.A.B.A. fondée à la fin des années soixante par l’acteur/bijoutier Nino Lembo (1913-1987). Elle possède une collection d’une indiscutable valeur, constituée d’environ 15.000 pièces allant de l’antiquité jusqu’à l’époque moderne. La Bijouterie du Spectacle n’ignorait pas que depuis plusieurs années les dirigeants de la Jewel House étaient à la recherche d’un repreneur. Il y a trois ans nous avions même été approchés par Serafino Pellegrino pour que nous lui fassions une offre d’achat. Son souhait était que les trésors accumulés par la Jewel House ne soient pas dispersés et qu’ils puissent demeurer en Europe. Mais ces discussions étaient restées sans suite. Finalement, en juin dernier, ce qui n’était encore qu’une rumeur, était confirmé : Peris Costumes annonçait qu’il venait de racheter la Jewel House. Une belle prise de guerre pour la société espagnole qui pouvait dès lors se féliciter de l’élargissement de son catalogue à la location de bijoux. Rachat suivi trois mois plus tard, le 12 septembre, par le transfert de la totalité du stock de la Jewel House à Madrid. Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? Est-ce un avantage ou une contrainte supplémentaire pour les costumiers français ? Les retours d’expérience des uns et des autres nous permettront sans doute d’y voir plus clair dans les mois à venir.

Au-delà de la migration de la Jewel House vers l’Espagne, c’est la restructuration du monde de la location de costumes, menée à marche forcée par l’actuel directeur de Peris Costumes, qui suscite bien des interrogations. Il y a à peine six ans le nom de Javier Toledo Maigne était totalement inconnu des costumiers français. Licencié en économie et droit de l’Université ICADE de Madrid, titulaire d’une maîtrise en administration des affaires, il a d’abord travaillé au sein de grands groupes internationaux avant de fonder, en 1993, la société OKI Systems Ibérica, filiale de l’entreprise japonaise de fabrication d’imprimantes OKI. Pendant près de vingt ans, il y a exercé les fonctions de directeur général et de président exécutif. Que s’est-il passé en juillet 2012 ? Si l’on en croit la presse, la découverte d’irrégularités dans la comptabilité d’Oki Systems Ibérica aurait eu pour conséquences la suspension immédiate de son directeur, son remplacement par un administrateur japonais, et l’ouverture d’une enquête interne. Toujours est-il que c’est le moment que choisit Javier Toledo Maigne pour quitter le groupe OKI et entamer une reconversion spectaculaire. Point n’est besoin d’être du « sérail » pour éprouver, même sur le tard, une passion sincère pour les costumes

Sans plus attendre, dès septembre 2012 Javier Toledo Maigne rachète Péris, une société de fabrication et de location de costumes, installée à Madrid, dont les origines remontent au XIXe siècle. En Europe, la Grande-Bretagne en tête, environ une quinzaine d’entreprises se partagent la plus grande partie du marché de la location de costumes. Le nouveau directeur de Péris n’entend pas en rester là. Très vite il met en œuvre une stratégie d’expansion ambitieuse. C’est ainsi qu’il fait encore l’acquisition d’une société au Portugal, puis d’une autre en Hongrie, en même temps qu’il signe des accords de partenariat avec des compagnies de location allemandes et polonaises. Naturellement, il s’intéresse aussi à la France. En juin 2017, il commence par créer à Biarritz, Peris Costumes France SARL, une société commerciale sans activité connue, aux allures de simple adresse fiscale. Mais ce n’est pas suffisant pour le dirigeant espagnol qui cherche à nouer une alliance plus avantageuse pour Péris costumes. Contre toute attente, Euro-costumes dirigé par Pascale Bourtequoi se laisse convaincre et les deux entreprises peuvent annoncer, dès cet été, la création en commun d’une nouvelle structure intitulée Les Costumes de France. En unissant leurs compétences, leurs capacités de fabrication et leurs stocks respectifs, les deux associés ne cachent pas leur volonté de conquérir une bonne part du marché français.

Maintenant que Péris Costumes s’est implanté en France, qu’il contrôle plusieurs sociétés de location de costumes européennes et qu’il a étendu ses activités à la location de bijoux, que lui reste-t-il à conquérir ? N’y a-t-il pas un risque à voir s’établir un groupe dominant qui s’imposerait sur le marché en proposant des locations à petits prix aux directeurs de production ? Quitte à relever ses tarifs quand il aurait éliminé tous ses concurrents. Le poste de créateur/costumier n’est-il pas, à terme, menacé de disparaître dès lors qu’il suffirait aux producteurs de s’adresser directement à ce loueur principal pour obtenir, moyennant un budget global, tel ou tel lot de vêtements prêt à l’emploi ? Qu’importe si quelques costumières ou costumiers ont déjà cédé aux sirènes madrilènes, considérant sans doute qu’il n’y a plus en France de loueurs dignes de ce nom. Et si tel était le cas, pourquoi les Costume Designers britanniques et américains sont-ils de plus en plus nombreux à venir louer chez nous ?

Devant cette situation inédite, aux conséquences problématiques pour l’avenir des sociétés de location de costumes et des costumiers français, on se prend à rêver d’une prise de conscience collective où l’intérêt général, pour une fois, l’emporterait sur nos pratiques hélas trop souvent individualistes. Car n’oublions pas que nous sommes les maillons de la même chaîne et que nous dépendons les uns des autres. Nos métiers liés au costume, qui rassemblent une somme incroyable de talents et de savoir-faire,  constituent une magnifique « exception culturelle » qu’il faut défendre et préserver coûte que coûte.   

  Maxime Jourdan


* Conséquence de ce rachat, la Bijouterie du Spectacle est désormais la seule, en Europe, à se consacrer exclusivement à la location de bijoux de spectacle. Fondée en 2005, elle dispose d’une collection d’environ 4000 pièces.

jeudi 15 novembre 2018

Une nouvelle affaire du collier de la reine ?



Hier, à Genève, lors d’une vente organisée par Sotheby’s un pendentif en diamants qui aurait appartenu à la reine Marie-Antoinette a été adjugé à un acheteur anonyme 36 millions de dollars (32,7 millions d’euros environ). Un record ! Le bijou en question est un petit pendentif en forme de nœud auquel est suspendue une perle poire naturelle (26 mm x 18 mm). Il provient d’un lot de bijoux appartenant à la famille Bourbon-Parme et sa valeur a été estimée, avant la vente, entre un et deux millions de dollars. Et si cette très chère et très précieuse pièce n’avait jamais été la propriété de Marie-Antoinette ? 

En dehors d’une expertise sérieuse qu’on aimerait voir, Sotheby’s s’appuie sur les mémoires de Madame Campan, la première femme de chambre de la reine, qui raconte comment tous les bijoux de la souveraine furent expédiés clandestinement à Bruxelles en 1791. C’est peu comme preuve de son illustre origine.

Il se trouve que depuis plusieurs années je travaille précisément à un ouvrage consacré aux bijoux de Marie-Antoinette. Une œuvre d’historien basée essentiellement sur des archives publiques. C’est dire si cette question me passionne et m’autorise à faire valoir une assez bonne connaissance de tout ce qui concerne le contenu des écrins royaux. Je verse donc au dossier une pièce essentielle : le procès-verbal de l’ouverture de la cassette de la reine, le 9 février 1794, à Bruxelles, à 10 heures du matin, en présence de l’archiduc Charles-Louis d’Autriche (frère de l’empereur François 1er), du comte Florimont-Claude de Mercy-Argenteau (à qui Marie-Antoinette avait confié le soin de la mettre en lieu sûr), et du baron Henri Charles de Muller Hornstein (dernier secrétaire d’Etat et de guerre des Pays-Bas autrichiens). Ce procès-verbal est accompagné d’un inventaire détaillé de tous les bijoux contenus dans cette cassette, en l’occurrence une simple boite en bois, au couvercle cloué et scellé, enveloppée dans une toile cirée noire. Quel émerveillement que la lecture de cette liste qui détaille, une à une, toutes les pierreries, parures et perles de la reine. Il serait trop long d’en faire ici l’inventaire exhaustif. Disons seulement qu’on y trouve une pièce de corps, divers colliers, esclavages, girandoles, chatons, médaillons, bracelets, gerbes, montre, boucle de ceinture. Le tout en diamants de différentes tailles. De plus une parure de diamants et rubis (collier, esclavage de quinze pièces, girandoles, nœuds, anneaux, pompons, bracelets, montre, rosettes, œillet), une autre parure d’émeraudes et de diamants (chaine de montre, glands, paire d’anneaux, aigrette, cœur, rosettes), ainsi qu’un certain nombre de boucles et agrafes de corset, chatons, boucles d’oreilles, tous décorés de diamants. Il n’y a que six bagues : quatre ornées de diamants et deux de saphirs. Enfin, différents bijoux composés de perles : une montre, un médaillon, une grande barrière de trois rangs, deux colliers de deux rangs, un anneau, une paire de bracelets de quatre rangs, une boucle de ceinture et 45 perles isolées contenues dans un papier. Seuls deux glands en diamants, cités dans l’inventaire, n’ont pu être retrouvés dans la boite. Et le fameux pendentif en diamants avec sa grosse perle-poire vendue par Sotheby’s ? A l’évidence il n’apparait pas dans cette liste, du moins sous son aspect actuel. On pouvait s’en douter. Voilà qui n’est pas de nature à nous conforter sur l’origine royale de ce bijou.


samedi 3 novembre 2018

La broche-nœud de Kensington


Dans nos collections cette réplique de la Kensington Bow Brooch de la reine Elizabeth. Réalisée par la Maison Collingwood & Co et offerte en 1893 par les habitants de Kensington, en cadeau de mariage, à la future reine Mary. La reine Elizabeth en a hérité en 1953 et la porte souvent, comme sur la photo ci-dessous lors des obsèques de sa mère, en 2002.

Cette broche est uniquement disponible à la location

Kensington Bow Brooch