La Bijouterie du Spectacle est une société culturelle qui prolonge l’histoire de l’association La Biographie du Spectacle et de sa publication La Lettre des Comédiens dont les activités ont pris fin en 2000. Elle est chargée de la conservation d’une des plus importantes collections privées de bijoux de scène et de cinéma. Elle s’est fixée également d’autres missions : étudier l’histoire des bijoux, notamment ceux de théâtre, accroître et restaurer ses collections, organiser des expositions. Elle gère en outre un ensemble de bijoux disponibles à la location.

jeudi 15 novembre 2018

Une nouvelle affaire du collier de la reine ?



Hier, à Genève, lors d’une vente organisée par Sotheby’s un pendentif en diamants qui aurait appartenu à la reine Marie-Antoinette a été adjugé à un acheteur anonyme 36 millions de dollars (32,7 millions d’euros environ). Un record ! Le bijou en question est un petit pendentif en forme de nœud auquel est suspendue une perle poire naturelle (26 mm x 18 mm). Il provient d’un lot de bijoux appartenant à la famille Bourbon-Parme et sa valeur a été estimée, avant la vente, entre un et deux millions de dollars. Et si cette très chère et très précieuse pièce n’avait jamais été la propriété de Marie-Antoinette ? 

En dehors d’une expertise sérieuse qu’on aimerait voir, Sotheby’s s’appuie sur les mémoires de Madame Campan, la première femme de chambre de la reine, qui raconte comment tous les bijoux de la souveraine furent expédiés clandestinement à Bruxelles en 1791. C’est peu comme preuve de son illustre origine.

Il se trouve que depuis plusieurs années je travaille précisément à un ouvrage consacré aux bijoux de Marie-Antoinette. Une œuvre d’historien basée essentiellement sur des archives publiques. C’est dire si cette question me passionne et m’autorise à faire valoir une assez bonne connaissance de tout ce qui concerne le contenu des écrins royaux. Je verse donc au dossier une pièce essentielle : le procès-verbal de l’ouverture de la cassette de la reine, le 9 février 1794, à Bruxelles, à 10 heures du matin, en présence de l’archiduc Charles-Louis d’Autriche (frère de l’empereur François 1er), du comte Florimont-Claude de Mercy-Argenteau (à qui Marie-Antoinette avait confié le soin de la mettre en lieu sûr), et du baron Henri Charles de Muller Hornstein (dernier secrétaire d’Etat et de guerre des Pays-Bas autrichiens). Ce procès-verbal est accompagné d’un inventaire détaillé de tous les bijoux contenus dans cette cassette, en l’occurrence une simple boite en bois, au couvercle cloué et scellé, enveloppée dans une toile cirée noire. Quel émerveillement que la lecture de cette liste qui détaille, une à une, toutes les pierreries, parures et perles de la reine. Il serait trop long d’en faire ici l’inventaire exhaustif. Disons seulement qu’on y trouve une pièce de corps, divers colliers, esclavages, girandoles, chatons, médaillons, bracelets, gerbes, montre, boucle de ceinture. Le tout en diamants de différentes tailles. De plus une parure de diamants et rubis (collier, esclavage de quinze pièces, girandoles, nœuds, anneaux, pompons, bracelets, montre, rosettes, œillet), une autre parure d’émeraudes et de diamants (chaine de montre, glands, paire d’anneaux, aigrette, cœur, rosettes), ainsi qu’un certain nombre de boucles et agrafes de corset, chatons, boucles d’oreilles, tous décorés de diamants. Il n’y a que six bagues : quatre ornées de diamants et deux de saphirs. Enfin, différents bijoux composés de perles : une montre, un médaillon, une grande barrière de trois rangs, deux colliers de deux rangs, un anneau, une paire de bracelets de quatre rangs, une boucle de ceinture et 45 perles isolées contenues dans un papier. Seuls deux glands en diamants, cités dans l’inventaire, n’ont pu être retrouvés dans la boite. Et le fameux pendentif en diamants avec sa grosse perle-poire vendue par Sotheby’s ? A l’évidence il n’apparait pas dans cette liste, du moins sous son aspect actuel. On pouvait s’en douter. Voilà qui n’est pas de nature à nous conforter sur l’origine royale de ce bijou.


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