mercredi 4 décembre 2013

Cartier, le style et l’histoire


Aujourd’hui débute l’exposition Cartier, le style et l’histoire, présentée dans le salon d’Honneur du Grand Palais, à Paris. Elle durera jusqu’au 16 février 2014.

 

  Pour Laurent Salomé, conservateur en chef du patrimoine et directeur scientifique de la RMN-Grand Palais, et Laure Dalon, conservateur du patrimoine adjoint, tous deux commissaires de l’exposition, la tâche n’a pas été simple. Mais ils ont relevé le défi, avec talent et imagination, de présenter une exposition qui brille, certes, mais qui ne se réduit pas qu’à une simple boutique de joaillerie.
  Il y a tellement à dire sur la Maison Cartier, si riche de créations depuis sa fondation, en 1847, jusqu’au milieu des années 1970, époque où s’arrête cette présentation. Plus de 600 pièces d’exception sont rassemblées ici pour la première fois, provenant principalement de la Collection Cartier, mais aussi de prêts privés, d’institutions et de collections de musées français et étrangers. Elles forment un ensemble unique témoignant de l’histoire complexe et foisonnante du joaillier des rois et roi des joailliers. Plus de 300 documents provenant des archives Cartier complètent ce parcours : cahiers d’idées, dessins, registres de commandes, livres de stock, empreintes en plâtre, autochromes et photographies dévoilent une part méconnue du processus créatif du joaillier. Au gré des styles, des inspirations et des personnalités emblématiques, c’est ainsi toute l’histoire de la Maison Cartier qui se révèle dans cet écrin prestigieux.

  Outre quelque 539 pièces provenant directement de la collection Cartier, une soixantaine d’objets – dont beaucoup de bijoux – ont été prêtés par d'illustres propriétaires. Parmi ceux-ci figurent quelques pièces exceptionnelles. Notamment le diadème Halo, réalisé en 1936, appartenant à la reine Elizabeth II et encore porté, en avril 2011, par Kate Middleton à l’occasion de son mariage avec le prince William. Il est composé de 739 diamants de taille brillant et de 149 autres de taille baguette. Egalement empruntée à la famille royale d’Angleterre, une broche fleur datée de 1953, avec en son centre le diamant rose Williamson (23,60 carats). A titre exceptionnel, la principauté de Monaco a aussi confié quelques bijoux ayant appartenu à Grace Kelly, comme sa bague de fiançailles ornée d’un magnifique diamant de taille émeraude. On peut ajouter à cette liste l’imposant saphir de Marie de Roumanie, magnifique pierre bleue de 487 carats, le grand collier de diamants du Maharajah de Patiala, le collier serpent fait de 2473 diamants et émeraudes de l’actrice mexicaine Maria Félix ou les bracelets Art déco, en cristal de roche et diamants, d’une autre actrice, Gloria Swanson.


Collier, Cartier Paris, 1951, transformé en 1953. Platine, or, diamants taille brillant, baguette et de forme fantaisie, 8 rubis birmans de forme coussin et ovale, facettés.Provenance: Elizabeth Taylor. 
Photo V. Vulveryck, Collection Cartier


Devant de corsage en platine, diamants ronds taille ancienne et taille rose, 
un saphir de forme poire, sept saphirs de forme coussin pour un poids total de 51 carats environ. 
Commande spéciale de 1907
Photo V. Vulveryck, Collection Cartier

Collier, Cartier Paris, commande de 1928 de Sir Bhupindar Singh, maharajah de Patiala. 
Monture en platine sertie de 2 930 diamants taille brillant, de deux rubis
et du célèbre diamant de Beers (234,69 carats), pour un poids total de 1000 carats. 
 Photo V. Vulveryck, Collection Cartier

Parure avec collier, broche et boucles d’oreilles en or, améthystes de forme ovale et poire facettées, écaille. Vers 1860, Cartier Paris.
 Photo V. Vulveryck, Collection Cartier

Cartier : le style et l’histoire 
Grand Palais, salon d’honneur, 3 avenue du général Eisenhower 75008 Paris.  Du 4 décembre 2013 au 16 février 2014.  Tous les jours de 10h à 20h, sauf le mardi.  Nocturnes jusqu’à 22h du mercredi au samedi jusqu’au 6 janvier, puis le mercredi seulement.  Vacances de Noël (du 21 décembre au 4 janvier) : Tous les jours de 9h à 22h, sauf le mardi.

samedi 10 mars 2012

Dessins de costumes aux enchères


Projets de costumes pour un opéra (lot n°286)
Cinq gouaches sur carton de Charles Betout
 22 x 30 cm. Estimation : 200/300 € Non adjugé



Vendredi 16 mars, à Drouot-Richelieu (Salle 2, 14h00), la maison de ventes aux enchères Million va procéder à la dispersion de la collection du décorateur Guillaume Monin (1908-1978).
Outre des livres, autographes, photographies, objets de curiosité, dont quelques costumes de ballets et d’opéra, de nombreuses gouaches de décors et de costumes, d’origines très diverses, seront proposées aux acheteurs. En voici quelques unes.

Département Arts et Spectacles
Gwenola de Cremiers
19, rue de la Grande Batelière 75009 Paris
Tél. : +33 1 48 00 99 44 - Port. : +33 6 34 27 58 96
gdecremiers@millon-associes.com


Costume de Peter Ustinov pour le film Lola Montés de Max Ophüls (lot n°276)
Gouache sur papier de Georges Annenkoff
Signée en bas à droite, 26 x 45 cm. Estimation : 400/600 € Adjugé 1300 €




Costume d’Anne Roussel pour la série télé Princesse Alexandra (lot n°290)
Gouache sur papier de Claude Catulle, avec échantillonnage et photographie jointe
Signée en bas à droite, 22 x 38 cm. Estimation : 150/200 €
Non adjugé
x

Costume pour le film Le secret du chevalier d'Eon (lot n°295)
Gouache sur papier de Rosine Delamare
Signée en bas à droite, 30 x 50 cm. Estimation : 150/200 €
Non adjugé


Costume de Viviane Romance pour le film Le collier de la Reine de Marcel Lherbier (lot n°277)
Gouache sur papier de Georges Annenkoff
Signée en bas à droite, 35 x 50 cm. Estimation : 800/1200 € Adjugé 2000 €


Costume pour la série télé La chambre des dames (lot n°289)
Gouache sur papier de Claude Catulle, avec échantillonnage
Signée en bas à droite, 32 x 47 cm. Estimation : 150/200 €
Non adjugé


Projets de costumes pour un film, datés de 1919 (lot n°283)
Trois gouaches sur carton de GK Benda
Signées, 22 x 29 cm. Estimation : 120/150 €
Non adjugé


Retrouvez l'ensemble de la vente en images sur : www.millon-associes.com


mercredi 29 février 2012

Le « Beau Sancy » va être vendu aux enchères

Crédits photo : Jasper ''Yogi'' Gough/Sotheby's


   Le 15 mai prochain, la maison Sotheby’s va mettre aux enchères, à Genève, le Beau Sancy, un prestigieux diamant ayant appartenu à plusieurs maisons souveraines d’Europe.

   Son histoire débute à la fin du XVIème siècle, époque où il fut acheté à Constantinople par Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, brillant ambassadeur français, grand financier et homme de guerre, mais aussi fin connaisseur et collectionneur de gemmes. D’où provenait ce diamant ? Probablement des mines de Golconde, en Inde, région d’où sont également issus d’autres pierres célèbres, tels le Hope ou le Régent. Il fut baptisé le Beau Sancy, en référence à son premier propriétaire, ou encore le Petit Sancy pour le distinguer du Grand Sancy, autre pierre magnifique acquise par ce même diplomate.

   Après l’avoir laissé en gage en Suisse, de 1589 à 1595, pour financer les troupes royales, Nicolas de Harlay tenta ensuite de le vendre au duc de Mantoue puis au roi d’Angleterre, moyennant 35.000 écus. En vain. Ce fut finalement Marie de Médicis, l’épouse d’Henri IV, qui l’acheta en 1604, pour 25.000 écus, prix bien inférieur à sa valeur réelle. La reine le conserva parmi ses joyaux personnels et l’utilisa, notamment, pour orner le sommet de sa couronne le jour de son sacre, le 13 mai 1610. Elle emporta la pierre lorsqu’elle quitta furtivement la France, en 1631, pour se réfugier à Bruxelles. Au terme d’une dizaine d’années d’exil elle mourut à Cologne, le 3 juillet 1642, criblée de dettes et dans le plus grand dénuement. Cependant elle avait gardé le Beau Sancy. Lorsqu’on vendit ses biens pour rembourser ses créanciers, la pierre fut alors achetée par le prince Frédéric-Henri d’Orange pour 80.000 florins.

   En novembre 1677, Guillaume III d’Orange-Nassau, qui avait hérité du diamant, l’offrit en cadeau de mariage à son épouse, Marie Stuart. Le couple monta sur le trône d’Angleterre et s’éteignit sans descendance. Le Beau Sancy passa alors par héritage à Frédéric III, prince électeur de Brandebourg qui, à partir de 1701, devint roi de Prusse sous le nom de Frédéric 1er. Dès lors, il fut conservé parmi les joyaux de cet Etat. Frédéric le Grand, qui l’avait trouvé fixé sur la couronne royale, l’utilisa par la suite comme principal ornement d’une broche de diamants. Son neveu et successeur Frédéric-Guillaume II, pour sa part, préféra l’utiliser comme pendentif d’un collier constitué de vingt-deux diamants taillés en roses. Au début du XXe siècle, on retrouve la pierre montée sur un autre collier, formé de vingt-deux brillants; enfin, dans les dernières décennies, on fera le choix d’une simple monture pour ne la porter qu’en pendentif isolé. Jusqu’à ce jour, elle est restée la propriété de la maison de Hohenzollern, princes de Prusse.

   Magnifique diamant blanc de 34,98 carats, taillé en poire-pendeloque en double rose, le Beau Sancy mesure 22,4 mm de hauteur, 19,5 mm de largeur et 11,1 mm d’épaisseur. Sa partie centrale présente la forme d’une étoile de huit facettes en forme de losanges. Au cours des cinquante dernières années, il n'a été présenté au public que quatre fois : en 1972, à Helsinki, aux côtés du Grand Sancy; en 1985, à Hambourg; en 2001, une nouvelle fois avec le Grand Sancy, au Musée national d'histoire naturelle de Paris et enfin, en 2004, à Munich. Avant d’être proposé aux enchères il va être exposé dans plusieurs capitales, notamment chez Sotheby’s, à Paris, les 24 et 25 avril prochains. Il est estimé entre deux et quatre millions de dollars.

Bibliographie : Bernard Morel, Les joyaux de la couronne de France, Albin Michel, 1988, p.137


samedi 7 janvier 2012

Les adieux à la reine


Les adieux à la reine, le nouveau film de Benoît Jacquot, sortira en France le 21 mars prochain. Auparavant, le 9 février, il sera projeté lors de l’ouverture du Festival de Berlin. Adapté du roman historique de Chantal Thomas, ce long métrage se situe à Versailles, autour du 14 juillet 1789, dans les premiers jours de la révolution française. En ces heures où tout va basculer, la cour est encore isolée du reste de la France, éloignée du tumulte qui bientôt va la submerger. La narratrice de ces événements est Sidonie Laborde (interprétée par Léa Seydoux), lectrice adjointe de la reine. Mais le personnage emblématique de cette histoire est bien entendu Marie-Antoinette elle-même, jouée par Diane Kruger. On retrouvera aussi Virginie Ledoyen (Madame de Polignac), Noémie Lvovsky (Madame Campan) et, dans le rôle d’un Louis XVI bedonnant et caricatural, le réalisateur Xavier Beauvois.
Produit par GMT Productions et doté d’un budget d’environ 7 millions d’euros, le film a été tourné entre le 23 mai et le 11 juillet 2011, en grande partie au château de Versailles et à Chantilly.
Les premières images de Les adieux à la reine ont commencé à circuler sur le net. Occasion d’avoir un aperçu du travail de Christian Gasc, le créateur des costumes. Fidèle à Benoît Jacquot, avec qui il travaille depuis plusieurs années (Au fond des bois, au cinéma, Les faux monnayeurs, Gaspard le bandit, à la télévision, Werther, à l’Opéra-Bastille), le costumier aux trois Césars est un fin connaisseur du XVIIIème siècle. En dépit d’une interprétation souvent très personnelle de la mode de l’époque, de quelques erreurs historiques (coiffures, robes), et d’un certain parti-pris dans le choix des couleurs, on ne peut que saluer, une fois de plus, la qualité de son travail. La sobriété des bijoux est un choix judicieux par rapport à ce qui nous a souvent été donné de voir.
x

dimanche 4 décembre 2011

Une robe de l'impératrice Joséphine vendues aux enchères


Aujourd’hui, dimanche 4 décembre, à Fontainebleau, la maison de ventes Osenat organisait une vente aux enchères consacrée à l’Empereur Napoléon et au Premier Empire.

Le clou de cette vente était une exceptionnelle robe de bal destinée à l’impératrice Joséphine. Cette pièce majeure, estimée entre 60.000 et 80.000 euros, a finalement été adjugée à un collectionneur privé français pour 125.000 euros, ce qui constitue une sorte de record mondial pour un vêtement d’apparat.

Cette robe est l’œuvre des Ateliers Picot-Brocard, fondés à Paris en 1775 par Augustin Picot, fermés depuis plusieurs années. Ceux-ci étaient réputés pour la qualité de leurs broderies et pour leurs prestigieux clients. Cette Maison a réalisé, entre autres, le manteau de sacre de Louis XVI, dessiné et brodé les tenues du Premier Consul, les costumes du sacre de Napoléon et de Joséphine, puis leurs habits de cour, sans compter des pièces aussi diverses que les drapeaux des armées impériales ou les trônes des Tuileries et de Fontainebleau.

Voici sa description dans le catalogue de la Société de ventes Osenat (lot 147) : « Robe en satin blanc avec traîne à plis d'ampleur, décolletée carré, manches courtes bouffantes. Jupe à décor de hautes quilles alternées de tailles inégales prenant naissance dans la bordure du bas et venant mourir vers la taille. Entre chaque quille, sur la bordure du bas, une feuille dressée. Sur les manches bande double de navettes d'argent rappelant les quilles. Au corsage, broderies vermicelle en perles d'argent sur tulle de soie, rapportée. Contre bordure au bas de la jupe en vermicelle de perles d'argent sur tulle de soie rapportée également. Agrémentée de broderie de perles argentées, navettes, perles rondes et facettées, cabochons et petites perles de verre, enrichies de lamé d'argent et de paillettes d'argent. Finition du bas par effilé d'argent. »


Avec son décolleté carré, ses manches courtes bouffantes et sa traîne à plis, ce vêtement paraît être plutôt une robe de bal ou de soirée qu’une robe de cour. L’impératrice avait dû la retourner chez Picot, afin de la faire reprendre, et a sans doute oublié d’envoyer quelqu’un la rechercher. Cependant, cette magnifique pièce n’est pas une découverte, elle a déjà été exposée au Metropolitan Museum de New York, en 1990, à l’occasion de l’exposition The Age of Napoleon. Costume from Revolution to Empire.
x

vendredi 2 décembre 2011

Costume de cour au XVIe siècle



A l’occasion de la sortie du numéro spécial n°174 de la Revue de l’Art «Costume de cour au XVIe siècle», les Editions Ophrys organise une table ronde, mercredi 7 décembre, à 18 heures, à l’Institut national d’histoire de l’art, salle Vasari (2 rue Vivienne 75002 Paris).
Intervenants : Isabelle Paresys, Margaret McGowan, Olivier Renaudeau et Monique Chatenent. Auteurs présents : Murielle Gaude-Ferragu, Michèle Bimbenet-Privat, Maria Hayward, Alexandra Zvereva, Tiphaine Gaumy.

revuedelart@inha.fr

mercredi 9 novembre 2011

Vente des costumes de la boutique de location Ailes de nuit


Ceux qui connaissent Monika Mucha, styliste et costumière dotée d’une personnalité attachante et d’un bel accent «germanique», seront un peu tristes d’apprendre que cette passionnée de théâtre a décidé de replier définitivement les Ailes de nuit, sa boutique de la rue la Rochefoucauld, à Paris (9ème). Encore un lieu magique qui disparait. Mais, avant de s’envoler vers le Sud-ouest (elle conservera quand même un pied-à-terre à Paris), la maîtresse des lieux a décidé de liquider son stock de costumes et accessoires de théâtre et de spectacle.

Du 2 au 15 novembre 2011, la boutique est ouverte à tous ceux qui souhaitent acheter toutes sortes de tenues « de la guerre du feu à la guerre des étoiles ». Pour les femmes, des robes du moyen-âge, de la renaissance, du XVIIIème siècle, du premier et du second empire (crinolines, redingotes), mais également des pièces uniques, des robes couture et haute couture (années 20, 30, 60 70 et 80), ainsi que divers costumes de scène, gala et music hall. Pour les hommes, outre des vêtements médiévaux, de la renaissance et du XVIIIème siècle, on trouvera des smokings, queues de pie, des uniformes du premier et du second empire (dont quelques pièces d’époque) et des costumes des années 20, 30, 60 et 70. Sans oublier de multiples accessoires tels que coiffes, chapeaux toutes époques, chaussures, masques vénitiens, perruques (en vrais et faux cheveux), bijoux et mercerie (galons, tissus, perles, dentelles anciennes, plumes et boutons…).



58 rue La Rochefoucauld 75009 Paris
Tél. 01 49 95 04 42
mardi, jeudi, vendredi, samedi de 11h à 19h, mercredi de 15h à 20h. 
Il est conseillé de prendre rendez-vous au préalable.

mardi 8 novembre 2011

Les bijoux de théâtre en 1914



Les bijoux de théâtre constituent un sujet rarement évoqué dans les publications d’hier comme d’aujourd’hui. Aussi, l’article que nous reproduisons ci-dessous, extrait de l’édition de 1914 de l’Almanach pratique illustré du Petit Parisien *, est un témoignage précieux sur cet artisanat aujourd’hui quasiment disparu :

Les bijoux jouent un rôle très important dans les pièces à grand spectacle : féeries, ballets, pièces historiques et de couleur exotique. Ils sont le complément indispensable et l'ornement du costume. C'est une industrie toute spéciale et bien curieuse que celle de la fabrication des bijoux de théâtre et qui s'exerce tout à fait en dehors des théâtres eux-mêmes.
Certains quartiers de Paris, le faubourg du Temple en particulier, abritent un grand nombre d'orfèvres singuliers à qui rien de l'art ancien, de celui du moyen âge et en général de tous les pays et de toutes les races du monde n'est étranger, qui excellent à transformer en pierres fines les plus vulgaires verroteries et à rendre précieux les métaux les plus dénués de valeur. Travaillée avec le plus grand art, la camelote qui sort de leurs mains expertes est métamorphosée en autant de joyaux de la plus grande richesse. Ce sont les fabricants de bijoux de théâtre et leur apparente contrefaçon bénéficie très heureusement de la complicité de l'illusion scénique.

 

Les plus grands théâtres possèdent de très complètes collections de bijoux de tous les âges et de tous les pays, les plus variées aussi, et l'on y trouve réunis colliers, bracelets, bagues, ceintures, diadèmes, boucles et pendentifs de tous les styles. On peut, en examinant ces collections, prendre une remarquable leçon d'histoire et d’art tout à la fois. Car les bijoux, produits brillants de l'industrie de l'homme, sont les plus sûrs témoins de son état de civilisation aux différentes époques.
Deux choses sont remarquables dans le bijou de théâtre : une apparence de matière précieuse et rare el la manière plus ou moins artistique dont elle a été mise eu œuvre. A ce point de vue, les collections dont nous parlons ont l'intérêt de véritables musées et l'on y peut faire remonter les recherches jusqu'à l'antiquité qui eut, on le sait, une véritable passion pour les bijoux, dont elle parait même ses morts. Nous y retrouvons ces dents, ces coquilles, ces pierres perforées et travaillées qu'ont livrées les tombes préhistoriques et qui sont les premiers spécimens des bijoux; ces objets de parure en or, en argent, en bronze ou en ambre, vestiges de l'époque où l'homme, ayant découvert les métaux, dédaigna les matières primitives pour façonner les objets précieux.
L'on y découvre encore ces bijoux remarquables par leur élégance et leur art délicat qu'ont laissés les Égyptiens, les Grecs et les Etrusques; ces joyaux d'or travaillé, étoilés de pierreries qu'aimaient les Romains et à qui l’art byzantin sut donner une richesse inouïe et tous ces admirables modèles des parures orientales : colliers persans ou chinois, bracelets hindous ou javanais, bracelets et diadèmes mauresques, ceintures turques ou arabes.
On peut, tout comme au Louvre, trouver au Châtelet ou à l'Opéra les plus rares exemplaires des bijoux merveilleux que produisit la période gothique, des œuvres d'art de la Renaissance où la grâce de la composition s'allie à l'harmonie des émaux colorés, des joyaux des XVIe et XVIIe siècles, superbement enrichis de gemmes inconnues et où l’on voit apparaître pour la première fois les diamants et les émeraudes, parce que cette époque vit à la fois se créer l'art de tailler les pierres précieuses et se nouer des rapports plus suivis avec l'Orient. On y retrouve les admirables modèles de la joaillerie du XVIIIe siècle, qui attestent que cet art atteignit alors en France son apogée, et les lourdes imitations des bijoux antiques de la Révolution, de l'Empire, de la Restauration, voire de l'époque romantique.
Certains grands acteurs, les actrices surtout, préfèrent ne pas s'adresser au magasin du théâtre pour y trouver les bijoux qui leur sont nécessaires. Il arrive souvent qu'ils possèdent toute une collection personnelle de ces bijoux, d'un travail plus soigné, d'un art plus délicat. Ils procèdent ainsi surtout pour leurs costumes qui, souvent, leur appartiennent en propre et constituent ce qu'on appelle leur garde-robe de théâtre, D'une manière plus précise, ce terme désigne la collection de costumes, bijoux, coiffures, chaussures, etc., qu'un acteur doit posséder pour tenir son emploi. 



A ce point de vue, il est curieux de remarquer que, tandis qu'à Paris, tout ce qui rentre dans le costume proprement dit doit être fourni à l'artiste par l'administration du théâtre auquel il appartient et reste à la charge de celle-ci, l'artiste n'ayant à pourvoir qu'aux dépenses des toilettes dites «de ville», l'acteur de province dont la situation est singulièrement plus modeste est obligé de se fournir lui même tous les costumes, tous les habillements nécessaires à son emploi. Par une inconcevable anomalie, l'acteur, en province, est tenu d'avoir une garde-robe complète. Et si l'on songe qu'un seul théâtre provincial joue les pièces de genres différents qui sont représentées sur la plupart des théâtres de Paris, on se rendra compte du nombre et de la variété des costumes qu'un acteur y peut elle appelé à revêtir: antiquité, moyen âge, Renaissance, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, époque révolutionnaire, uniformes militaires, costumes de tous les pays, etc., avec les accessoires spéciaux nécessaires à chacun d'eux, tels que bijoux, chaussures épées armures, cottes de mailles, perruques, coiffures et le reste. Aussi la garde robe d'un comédien consciencieux et épris de son art doit-elle être pour lui l'objet de frais assez considérables et de soins incessants.
Jadis, nos acteurs étaient plus privilégiés. Ceux d'entre eux qui avaient des protecteurs puissants à la cour n'hésitaient pas, le cas échéant, à s'adresser à quelqu'un de ceux-ci pour en obtenir un allégement à la dépense où les contraignait le soin de leur garde-robe qui, alors, était toujours à leur charge. Les autres obtenaient une indemnité destinée à payer les frais des ajustements qui leur étaient nécessaires. Les artistes modernes sont à ce point de vue plus privilégiés que leurs aînés. Il est rare qu'ils doivent fournir eux-mêmes les accessoires de toilette dont ils ont besoin. En général, le magasin du théâtre suffit à tout.


* Pages 34 à 37 d’un article intitulé Comment on monte une pièce de théâtre. Nous publions aussi les illustrations (avec leurs commentaires) qui accompagnaient ce texte.

vendredi 10 juin 2011

4ème festival Cinéma et Costume


Du 16 au 19 juin, pour la quatrième année consécutive, le festival international Cinéma et Costume se déroulera à Moulins. A travers une vingtaine de films, la plupart inédits, cette manifestation sera l’occasion de souligner l’importance des costumes au cinéma, que le film soit d’époque ou contemporain.
A côté des six films en compétition, des documentaires et des œuvres hors concours, représentant une dizaine de pays, le festival proposera cette année encore des projections et des rencontres avec plusieurs acteurs et réalisateurs.

Un hommage spécifique sera rendu à la créatrice de costumes Catherine Leterrier. Née le 26 octobre 1942 à Aix-les-Bains, en Savoie, cette dernière est la sœur de l’ancien premier ministre Laurent Fabius et l’épouse du réalisateur François Leterrier. Depuis Projection privée de François Leterrier, en 1973, jusqu’à Les Yeux de sa mère de Thierry Klifa, sorti en mars dernier, elle a participé à la réalisation des costumes de près de quatre-vingts films. Notamment Tendre Poulet (Philippe de Broca), Mon oncle d'Amérique (Alain Resnais), Les Uns et les Autres (Claude Lelouch), La Passante du Sans-Souci (Jacques Rouffio), Édith et Marcel ( Claude Lelouch), La vie est un roman (Alain Resnais ), La Crime (Philippe Labro), Papy fait de la résistance (Jean-Marie Poiré), Mélo (Alain Resnais), La Révolution française (Robert Enrico), Milou en mai (Louis Malle), Les Visiteurs ( Jean-Marie Poiré), Jeanne d'Arc (Luc Besson), Palais royal (Valérie Lemercier), Coco avant Chanel (Anne Fontaine). Elle a été récompensée par deux Césars des meilleurs costumes. Le premier pour Jeanne d’Arc, en 2000, et le second pour Coco avant Chanel, en 2010 (qui lui a valu également une nomination aux Oscars). La projection de ce dernier film, durant le festival, permettra au public de la rencontrer.

Cette année, le jury sera présidé par le réalisateur Daniel Vigne (originaire de Moulins), à qui l’on doit, entre autres, l’inoubliable Retour de Martin Guerre, en 1982.