La Bijouterie du Spectacle est une société culturelle qui prolonge l’histoire de l’association La Biographie du Spectacle et de sa publication La Lettre des Comédiens dont les activités ont pris fin en 2000. Elle est chargée de la conservation d’une des plus importantes collections privées de bijoux de scène et de cinéma. Elle s’est fixée également d’autres missions : étudier l’histoire des bijoux, notamment ceux de théâtre, accroître et restaurer ses collections, organiser des expositions. Elle gère en outre un ensemble de bijoux disponibles à la location.

dimanche 6 mars 2016

La bague de Jeanne d’Arc est-elle authentique ?




  Le Puy du Fou a annoncé vendredi dernier qu’il venait d’acheter aux enchères, en Grande-Bretagne, un anneau ayant appartenu à Jeanne d’Arc. 

  Estimée au départ 19.051 euros, la précieuse relique a finalement atteint la coquette somme de 376.883 euros. C’est très cher payé pour un objet qui, à notre avis, suscite bien des interrogations sur son authenticité. La société britannique de vente aux enchères Timeline Auction s’était pourtant couverte, sur son site internet, en ne parlant que d’un anneau « associé à Jeanne d’Arc ». On attend avec impatience la conférence de presse du Puy-du-fou, le 20 mars prochain, au cours de laquelle la fameuse bague sera présentée ainsi que les documents attestant son ancienneté. D’ores et déjà il y a une contradiction entre l’affirmation de son nouveau propriétaire qui indique qu’elle est restée « six-cents ans en Angleterre jusqu’à cette vente aux enchères » et cet entrefilet paru dans la revue « Le Pays-Lorrain » en 1953 :  Un collectionneur anglais, le docteur James Hasson, vient de donner à la France un petit coffret contenant une bague réputée être la bague de Jeanne d’Arc. Cette relique, curieuse, aurait été recueillie par le cardinal Henry de Beaumont, confesseur de Jeanne d’Arc, après la mort de celle-ci.  Pourquoi toutes ces allées et venues de part et d’autre de la Manche ? On sait, par la maison de vente aux enchères, que l’anneau est apparu lors d’une vente en février 1929 et est resté dans une collection privée jusqu’en 1947. Il est alors racheté, toujours aux enchères, par le docteur Hasson. Celui-ci semble avoir déjà voulu le donner à la France en 1953. Le don a-t-il eu lieu ? Ce qui est certain c’est qu’il a été conservé par l’un des héritiers de James Hasson jusqu’à sa remise en vente tout récemment.

  Olivier Bouzy docteur en Histoire médiévale et spécialiste de Jeanne d’Arc est un des premiers à avoir émis des doutes sur l’historicité de l’anneau acquis par Le Puy-du-Fou. "Il y a une contradiction majeure entre l'anneau vendu et la description faite de la relique par Jeanne d'Arc elle-même, explique-t-il sur France Info, et rappelle que la pucelle avait à l'époque décrit un anneau en cuivre alors que celui qui a été vendu est en argent. Elle affirmait aussi que cet anneau était entre les mains des Bourguignons. En effet, rien ne prouve que les Bourguignons l'ont donné au cardinal anglais Henri Beaufort comme la légende de l'anneau vendu le dit". 

  En ce qui nous concerne nous penchons pour une bague fabriquée de toutes pièces au siècle dernier ou, à défaut, une bague du XVe siècle sur laquelle on aurait ajouté les inscriptions qui figuraient sur celle de Jeanne d’Arc. Il parait qu’il est difficile de faire des expertises sur des métaux qui datent d’avant le XVIe siècle. Il parait aussi que si on rassemblait toutes les reliques de la vraie croix du Christ, on pourrait s’en servir pour construire une nouvelle réplique de l’Hermione.

M. J.


jeudi 4 février 2016

Sur une paire de bracelets de la marquise de Pompadour




Le 11 janvier dernier, le site Gallica a mis en ligne plusieurs photographies de camées conservés au département Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque Nationale.  Deux d’entre eux ont attiré notre attention (camées n°788 et 927). En effet, les bijoux du XVIIIème siècle parvenus jusqu’à nous sont assez rares pour que toute publication sur ce sujet mérite qu’on s’y intéresse.
Il s’agit donc de deux camées dont les montures ovales, parfaitement identiques, témoignent qu’ils formaient les pendants d’une paire de bracelets. Quant à leurs illustres possesseurs, ce n’étaient pas moins que Madame de Pompadour et Louis XV. Les notices que leur consacre Gallica mériteraient d’être davantage détaillées et, au minimum, devraient faire référence pour chaque camée à l’existence de son pendant.



Le premier camée en sardoine onyx (ou sardonyx) apparait sous trois couleurs : blanc/bleuâtre, brun et roux foncé. Il représente Louis XV, la tête de profil tournée vers la gauche, ceinte d’une couronne de laurier. Le second camée, également en sardonyx à trois couches (blanc/bleuâtre, brun et roux) représente le buste d’Henri IV. Le monarque est lui aussi de profil, la tête tournée vers la gauche, vêtu en empereur romain. La tête est ceinte d’une couronne de laurier et il porte une cuirasse et un manteau royal agrafé sur l’épaule gauche.
Les deux camées sont entourés, l’un et l’autre, d’une guirlande composée d’émeraudes torsadées séparées par de fin rubans de diamants taillés en roses. Au revers, la monture du camée est maintenue à la guirlande par quatre attaches en forme de fleurs de lis. Aux deux bouts de cette plaque, dissimulée sous un ruban de diamants, est fixée une armature percée de douze trous rapprochés (onze sur la seconde plaque) servant à y accrocher plusieurs rangs de perles. Chaque bijou mesure 45 x 35 mm. Ces deux camées ont été gravés dans les années 1750 par Jacques Guay (1715-1787), graveur en pierres fines du cabinet du roi. Comme l’atteste d’ailleurs sa signature sous le profil de Louis XV. Dans ses notes, l’artiste précise même à propos du camée de Louis XV : « Cette pierre est du cabinet du Roy, elle est de plus considérable par sa grandeur et ses belles couleurs. Les chairs sont blanches, la coiffure et les ajustements sont d’un roux tanné, ce qui forme le fond, et le socle est noir. Le graveur a eu l’avantage de travailler d’après le Roy et de graver la pierre en bas-relief d’après son ordre. »




Dans l’œuvre du peintre François Boucher figue un tableau particulièrement intéressant  intitulé Madame de Pompadour à sa toilette. Il est conservé au Fogg Art Museum de Cambridge (Massachussetts, USA). Or, sur cette peinture on peut voir, bien en évidence, l’un de ces deux bracelets. Précisément celui dont le camée est orné du profil de Louis XV. Outre qu’il atteste, s’il en était besoin, que la marquise à bien possédé et porté ces bijoux, il nous permet de savoir comment ils étaient composés.  A chaque extrémité de la plaque avec pierres et camée étaient attachés six, sept ou huit rangs de perles qui formaient le cintre du bracelet et qui, vraisemblablement, étaient réunis par un fermoir (non visible sur la peinture). En 1764, Madame de Pompadour a légué ces deux camées à Louis XV.
J.-J.J.

 




jeudi 7 janvier 2016

Émeraudes, topazes et améthystes des Joyaux de la Couronne de France du Musée de Minéralogie MINES ParisTech




Depuis le 5 janvier 2016, le Musée de Minéralogie MINES ParisTech (60 boulevard Saint-Michel 75006 Paris) propose au grand public trois nouvelles vitrines consacrées à des pierres taillées provenant des Joyaux de la Couronne de France. Cette exposition permanente, réalisée avec le soutien de la Maison Riondet, permettra de découvrir des topazes roses et des améthystes extraites de parures de l’Impératrice Marie-Louise ainsi que des suites d’émeraudes de la Couronne Impériale de Napoléon III. Toutes ces gemmes proviennent de gisements comptant parmi les plus célèbres de la planète (les émeraudes de Muzo, en Colombie, les améthystes de Sibérie et les topazes roses, également appelés « Rubis du Brésil », du Minas Gerais au Brésil), dont certaines pièces n’ont pas été exposées depuis presque cent-trente ans.

La collection des Joyaux de la Couronne puis de l’Empire de France n’a cessé de s’enrichir depuis 1530. Ces gemmes extraordinaires sont serties dans des bijoux de haute-joaillerie, formant des parures de colliers, bracelets, diadèmes… ou sont montées sur des couronnes ou des épées de sacre. Sous la IIIème République, l’État prend la décision de vendre son trésor national pour se débarrasser d’un symbole de la monarchie. Les joyaux sont dispersés en 1887 lors d’une vente aux enchères. Cependant, la commission d’experts, chargée de cataloguer et d’évaluer la collection, recommande de donner des pièces, qu’elle juge historiquement et minéralogiquement importantes, à trois grandes institutions françaises : le Musée du Louvre, le Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) et l’École des mines de Paris (MINES ParisTech).



Ces suites d’émeraudes de deux tailles différentes étaient serties sur la Couronne de Sacre confectionnée par Lemonnier pour Napoléon III en 1855. Quarante-deux émeraudes sont présentées au sein de l'exposition. Elles proviennent des célèbres mines d'émeraudes de Muzo en Colombie


Ce rang de boules d’émeraudes est rentré dans la collection des Joyaux de la Couronne entre l’inventaire de 1791 et celui de 1811. Ces gemmes proviennent probablement de saisies révolutionnaires. Cette taille en boule est rare pour des émeraudes et contribue à leur caractère exceptionnel. Tout comme les émeraudes précédentes, ces gemmes proviennent de Muzo en Colombie. 



Ces gemmes violettes rares au XIXe siècle proviennent d’une parure de 235 améthystes confectionnée par François-Regnault Nitot pour l’Impératrice Marie-Louise. Louis XVIII les fait dessertir de leur parure et la plupart seront ainsi conservées dans les Joyaux de la Couronne. En 1887, la majorité des améthystes non montées est donnée à l’École des Mines tandis que 12 sont déposées au Muséum National d’Histoire Naturelle. Ces améthystes proviennent vraisemblablement de la région de l'Oural en Russie.



Une grande série de topazes a été acquise par Napoléon Ier pour créer la parure de « Rubis du Brésil » de l’Impératrice Marie-Louise. Les pierres non montées sont inventoriées en 1811 et données principalement à l’École des Mines en 1887. À présent, certaines de ces gemmes sont présentées au public dans le Musée de Minéralogie et également au Muséum National d’Histoire Naturelle à l’occasion de l’exposition « Trésors de la terre ». Elles proviennent d'Ouro Preto dans la région de Minas Gerais au Brésil.

 


Quelques topazes roses appelées "Rubis du Brésil", parmi les nombreuses achetés pour la Couronne de France par Napoléon I. Beaucoup de ces topazes serviront à fabriquer la parure de "Rubis du Brésil" de l'Impératrice Marie-Louise. Les topazes non montées resteront dans la collection des Joyaux, jusqu'à leur don en 1887 à l'Ecole des Mines et au Muséum. 48 topazes appartiennent maintenant à la collection du Musée de Minéralogie MINES ParisTech.